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Le Journal de l'île Rouge
Politique

L’empire des rats : comment une présidence a servi de quartier général à la mafia d’état.

La gazette de la grande île
03/12/20255 minute read

Depuis la Transition de Rajoelina, Madagascar n’a pas été gouverné : il a été organisé, catégorisé, cartographié comme un gigantesque territoire de chasse réservé à une poignée d’initiés. Le Palais présidentiel, censé être le centre de gravité de l’État, était devenu un quartier général de prédation, où chaque pièce, chaque bureau, chaque conseillère et chaque conseiller jouait un rôle dans un système d’extorsion nationale. On ne parle pas ici de simples « dérives ». On parle d’une infrastructure criminelle complète, hiérarchisée, disciplinée et dotée d’une efficacité qui ferait pâlir un cartel mexicain. Le palais n’était pas une institution mais une infrastructurelle criminelle.

Dans l’ombre, les soi-disant « conseillers » étaient les véritables ingénieurs de la catastrophe socio-économique : artisans des décrets taillés sur mesure, arbitres officiels des marchés publics, scribes des accords douteux avec compagnies étrangères. Leur mission ? Ouvrir les coffres, sceller les deals, éloigner les curieux. Leur méthode ? Détentrice de secrets, subordination hiérarchique inversée et un langage codé où « développement » signifiait                 « partage de commissions », où « urgence nationale » signifiait « opportunité commerciale ». Ils étaient les architectes de l’opacité et les ingénieurs du chaos ordonné.  Les membres du cabinet n’étaient pas des techniciens ; ils étaient les douaniers de l’accès au Chef, les gardiens du temple de la prédation. Ils validaient, filtraient, orientaient les demandes en fonction d’un seul critère : Est-ce que ça profite au clan ? Les dossiers urgents pour l’éducation, la santé, la lutte contre la faim ? Bloqués. Les propositions de concessions minières, de transactions foncières, de monopoles fiscaux ? Traitement express, signature immédiate, bénéfices garantis. Dans le même panier à crabes, les agents de renseignement étaient devenus les gardes du corps d’un système corrompu, chargés d’identifier les opposants, d’étouffer les dénonciations, de surveiller les fonctionnaires honnêtes, de neutraliser les journalistes et lanceurs d’alerte trop curieux. Les services de renseignement étaient des garde-côtes de privilèges.  Dans tout État failli, le renseignement devient un instrument politique. Dans celui-ci de Rajoelina, il était devenu une milice silencieuse, spécialisée dans la manipulation d’enquêtes et la destruction de preuves.

Le régime de Rajoelina et Ravatomanga avait besoin de tentacules, des hommes de main intermédiaires, des prête-noms financiers. Ils s’appelaient « opérateurs », « partenaires », « investisseurs », « facilitateurs ». Derrière les mots polis, on retrouvait la réalité : des acteurs en charge de blanchir, transférer, dissimuler, exporter. Sociétés-écrans, comptes offshore, virements triangulaires : la cartographie financière de Madagascar ressemble aujourd’hui à une toile d’araignée tissée autour d’un peuple prisonnier. Pendant que le feu des projecteurs est dirigé vers des faits divers politiques, dans le Sud, dans le Sud-Est, dans les zones minières, les communautés locales savent. Elles savent que des entreprises étrangères, qui prétendent investir, notamment chinoises, ont trouvé dans le chaos institutionnel malgache un paradis du pillage, sous couvert de hauts responsables étatiques issus de la Région. Forêts rasées, rivières souillées, concessions gagnées sans consultation, promesses jamais tenues. Des kilos d’or quittent le territoire chaque semaine sous le regard complice d’agents publics qui n’ont qu’une mission : tamponner et encaisser. Lorsque l’État se vend au plus offrant, ce n’est pas un partenariat : c’est une liquidation judiciaire de la souveraineté nationale.

La révolution initiée par la Gen-Z devait aboutir à une transition dont la mission était de nettoyer, clarifier, rétablir, reconstruire. Pourtant, que voit-on ? Des tournées provinciales, des bains de foule, des discours creux. Le pays brûle de nouveau, mais certains s’amusent à souffler sur les braises pendant que d’autres posent pour la presse. Heureusement, dans ce marécage politique, quelques ministres se distinguent par un courage qui dépasse la norme, s’attaquant à des dossiers que personne n’osait toucher, à commencer par le nœud Ravatomanga, symbole d’un système tentaculaire. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Si cette transition tremble face aux barons du passé, elle devient la prochaine victime de leurs chantages. Entre cirque populiste et courage isolé, Madagascar n’a plus le luxe d’attendre.

À force de croire que Madagascar est un buffet ouvert, certains ont oublié une vérité simple : quand le peuple se lève pour passer à table, ce n’est plus pour manger, c’est pour renverser tout ce qui l’a affamé. Il reste encore les rats à éradiquer, ayant quittés précipitamment le navire orange et qui se pavanent dans leurs butins, croyant être à l’abri de la Dame de Fer de la Justice !

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