Il faut arrêter de tourner autour du pot. La Chine n’a pas vaincu la pauvreté par miracle, ni par inspiration divine, ni par de grands discours à tout bout de champ. Elle l’a vaincue parce qu’elle a décidé, un jour, de faire exactement l’inverse de ce que nous faisons depuis cinquante ans. Pendant que nous collectionnions les slogans, eux collectionnaient les plans quinquennaux. Pendant que nous inventons chaque année un nouveau « programme d’urgence », eux bâtissaient une stratégie nationale. Et surtout, pendant que nous sacralisons : “mbola ho avy ny fanavaozana”, eux disaient simplement : « On travaille et on corrige. »
Le résultat est là. En 1978, 90 % des Chinois vivent dans une pauvreté proche du Moyen Âge. Aujourd’hui, c’est moins de 1 %. Et pas avec des incantations mais avec des compétences, des ingénieurs, des techniciens, des routes, des usines, des ports et surtout de la discipline collective. Exactement ce que nous refusons de mettre en priorité. Chez nous, l’idéologie passe avant l’efficacité, la politique passe avant la science et l’amateurisme passe avant la compétence. Résultat, nous stagnons pendant que les autres avancent. Deng Xiaoping a résumé la philosophie qui a sorti un pays entier de la misère : « Peu importe que le chat soit blanc ou noir, tant qu’il attrape les souris. ». Nous, à Madagascar, on préfère débattre pendant trente ans de la couleur du chat… alors que les souris mangent déjà tout le garde-manger. Quand les paysans de Xiaogang ont osé réformer en secret leur façon de produire, la Chine a observé le résultat et l’a transformé en politique nationale. Chez nous, quand une bonne idée surgit, on la tue avant qu’elle ne pousse, soit par jalousie politique, soit par peur que quelqu’un d’autre récolte les louanges. C’est ça, notre vraie pauvreté : l’incapacité collective à récompenser ce qui marche. Les Chinois ont créé les Zones Économiques Spéciales, des laboratoires du développement. Shenzhen, simple village de pêcheurs, est devenu en trente ans la Silicon Valley chinoise. Chez nous, le mot « zone industrielle » signifie encore : bâtiments vides, terrains litigieux et promesses électorales périmées. Eux testent, mesurent, corrigent. Nous répétons, échouons, accusons. Et que dire des infrastructures ? Pendant que la Chine construisait 140 000 km d’autoroutes, nous construisions… des inaugurations. Pendant que la Chine posait 40 000 km de TGV, nous posions… des pierres de fondation. Le vrai défi n’est pas l’argent : c’est la méthode, l’organisation et la volonté politique. Le jour où un paysan malgache pourra transporter son manioc en 30 minutes au lieu de cinq heures, croyez-moi, sa vie changera plus qu’avec n’importe quel discours présidentiel.
Leur discipline collective n’est pas magique : elle est organisée. En 2020, ils construisent un hôpital en dix jours. Chez nous, un bâtiment administratif peut prendre des années … et parfois n’existe jamais, sauf dans les rapports officiels. Non, les Chinois ne sont pas « plus intelligents ». Ils sont juste plus sérieux. Et c’est là que se trouve la différence fondamentale. La Chine respecte les lois du développement. Nous, nous les contournons. La Chine choisit la compétence. Nous, nous choisissons la complaisance. La Chine privilégie les résultats. Nous, nous privilégions les réseaux.
Nous ne proposons pas des miracles. Nous ne proposons pas des slogans creux. Nous proposons exactement ce qui a déjà fonctionné ailleurs : mettre l’éducation scientifique au-dessus de l’idéologie, créer des zones pilotes économiques gérées comme des laboratoires, industrialiser avant de consommer, construire des routes, des ponts, l’électricité et des ports, pas des promesses, installer une discipline collective autour de l’intérêt national, récompenser ce qui marche, corriger ce qui échoue. Bref, transformer Madagascar avec méthode, pas avec magie.
Et si un jour, on nous demande pourquoi nous avons choisi le modèle chinois comme boussole, nous répondrons simplement : parce que nous en avions assez de voir Madagascar chercher des miracles alors que le reste du monde construit des plans. Après tout, si copier ce qui marche est un crime… alors nous plaidons déjà coupables pour les prochaines élections.





