Il faut arrêter de tourner autour du pot : Base Toliara est devenu le dossier minier le plus toxique du pays, pas par son titane, mais par son opacité. Il creuse la confiance, la transparence et la dignité des populations. Officiellement, c’est un projet structurant, transformateur et stratégique. Dans la vraie vie, c’est un cas d’école sur comment ne pas gérer un projet extractif dans une région fragile, avec une population déjà épuisée, un environnement qui tient sur un fil et un État qui se contente de jouer le rôle de spectateur enthousiaste.
À chaque “consultation”, on a servi aux communautés locales les mêmes promesses : emplois, routes, eau, modernité. À chaque réunion, les questions concrètes ont été évitées soigneusement comme si elles contenaient un virus dangereux : que deviendront les terres communautaires ? Comment seront protégées les zones de pêche ? Où sont les études d’impact sociale et environnemental indépendantes sur la poussière et la santé ? Qui surveillera les impacts réels ? La réponse officieuse : taisez-vous, faites-nous confiance, le développement arrive. La réponse officielle : un résumé de 2 pages, imprimé en couleur, avec plus de photos que de données. On ne consulte pas une population en lui demandant d’écouter. On la consulte en l’écoutant. Et jusqu’ici, dans ce dossier, on n’a entendu qu’une seule voix : celle de ceux qui veulent que la mine redémarre coûte que coûte car la voix des communautés locales n’a été consultée que pour la vitrine et ignorée en coulisses.
Base Toliara se déroule dans l’un des écosystèmes les plus fragiles du pays, celui des récifs coralliens menacés, nappes phréatiques insuffisantes, faune endémique, littoral vulnérable. Sur le papier, tout est “maîtrisé”. Dans la réalité, la moindre erreur deviendra irréversible. Mais chaque fois qu’on demande les études environnementales, c’est la même histoire : soit elles ne sont pas disponibles, soit elles “sont en révision”, soit elles “seront publiées plus tard”. Autrement dit : on demande au public de signer un contrat dont les parties les plus importantes sont invisibles. On proclame que “la mine est propre”, mais on ne montre pas les preuves. C’est comme dire qu’une maison est solide mais refuser d’en montrer les fondations. Pendant ce temps, la région fait face : à un climat de plus en plus sec, à une pression croissante sur l’eau et à des infrastructures inexistantes pour absorber l’impact d’un méga-projet minier. Mais rassurez-vous : tout cela est “sous contrôle”. Du moins, sur PowerPoint.
À Madagascar, dans une région qui souffre de difficultés sanitaires chroniques, tout projet industriel de cette taille devrait commencer par un plan de santé publique clair, chiffré et vérifiable. C’est probablement le volet le plus cyniquement minimisé dans toute cette affaire. La santé des populations n’est qu’un détail administratif, apparemment. Or ce chapitre n’existe quasiment nulle part dans le discours officiel. On parle d’emplois, d’investissements, de retombées fiscales, mais jamais de suivi médical indépendant, jamais de surveillance de la qualité de l’air, jamais de renforcement réel des structures sanitaires. C’est comme si la santé des habitants était une variable qu’on peut écarter de l’équation pour que les chiffres du projet rentrent mieux dans les slides.
Depuis la fuite du Dj et de ses acolytes, les autorités qui ont pris le pouvoir ont répété que la “refondation du pays” allait régler ces tensions historiques. Le problème ? La refondation s’est transformée en un mot magique qu’on applique à tout : on met le mot “refondation” devant un projet minier, et hop, les problèmes disparaissent. En tout cas, dans les discours. Dans la réalité, la refondation n’a pas renforcé les consultations, n’a pas multiplié les données publiques, n’a pas mis en place une gouvernance transparente du projet. Elle a juste servi d’écran de fumée pour dire : “circulez, tout va bien, l’État maîtrise”. Sauf que personne n’y croit. La “refondation nationale” est devenu le vernis politique pour cacher les fissures.
Dans cette affaire de Base Toliara, l’argent a plus de pouvoir que les communautés, plus de pouvoir que les scientifiques, et plus de pouvoir que l’État. Avec suffisamment de millions de Dollars, Base Toliara a dilué les oppositions, réduit les inquiétudes en “mauvaises perceptions”, transformé les alertes environnementales en “rumeurs”, et fait passer des revendications sociales légitimes pour des “résistances irrationnelles”. C’est simple, le pouvoir de l’argent est devenu l’arbitre du débat. Il décide ce qui doit être dit, ce qui doit être oublié, ce qui doit être classé, ce qui doit être mis en pause. Le plus triste ? Ce n’est pas la mine qui fait taire les communautés. C’est le silence acheté autour de la mine. Et tant que ce modèle continue, Madagascar ne contrôle pas Base Toliara : c’est Base Toliara qui contrôle Madagascar. Non pas par sa force technique, mais par sa capacité à acheter l’invisibilité des problèmes qui dérangent.
Quand l’argent parle, les réclamations s’endorment et les détracteurs qui, depuis trônent dans les Hautes Chambres de l’Etat, savourent leurs pactoles, au détriment de toute une Région… Au moins, ils ont assez de trésor de guerre pour se prévaloir en être le digne successeur à la Présidence et … sont déjà en campagnes présidentielles.





