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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Du PIB à la Résilience : Changer le pilotage du développement à Madagascar

La gazette de la grande île
17/12/20253 minute read

À Madagascar, la croissance mesurée par le PIB ne profite qu’à une minorité, tandis que la majorité de la population reste pauvre et vulnérable face aux crises climatiques, politiques et économiques. Il est temps de dépasser les indicateurs financiers pour adopter un nouveau paradigme de développement, centré sur la résilience, la justice sociale et la capacité de la société à tenir debout face aux chocs. Mesurer la richesse sans mesurer la résilience, c’est condamner le pays à la fragilité.

À l’heure de la refondation de la République, celle-ci ne peut se limiter à des réformes institutionnelles. Madagascar ne peut se contenter d’ajustements techniques : il est essentiel de repenser la manière dont l’État définit, mesure et pilote le développement.

Il est temps d’introduire un indicateur de résilience comme boussole stratégique des politiques publiques. La question clé pour Madagascar n’est pas seulement : le pays produit-il plus ? mais bien : le pays tient-il debout face aux chocs ?

Aujourd’hui, une sécheresse replonge des régions entières dans l’insécurité alimentaire ; une crise politique paralyse l’économie ; une hausse des prix annule des années d’efforts des ménages ; un cyclone détruit en quelques heures des moyens de subsistance déjà précaires. Dans ce contexte, mesurer la performance économique sans évaluer la capacité de la société à absorber, s’adapter et se relever constitue une erreur stratégique majeure.

Un pays ne se développe pas en obéissant à des tableaux financiers conçus ailleurs. Lorsqu’un État confond les exigences des institutions financières internationales avec l’intérêt de sa population, la croissance devient une fiction statistique et la pauvreté une réalité durable. La politique économique ne peut se limiter à satisfaire les indicateurs du FMI, tels que le PIB : certes, le chiffre progresse, mais le pays recule.

Madagascar n’a pas besoin d’être un bon élève des indicateurs financiers internationaux. Il a besoin d’un cadre de développement fondé sur la résilience, la justice sociale et la capacité de sa population à survivre, s’adapter et progresser.

Marqué par une pauvreté massive, une fragilité institutionnelle chronique et une exposition extrême aux chocs climatiques, sanitaires et politiques, Madagascar ne peut plus être évalué avec les mêmes outils que des économies stables. Dans ce contexte, la croissance du PIB, même lorsqu’elle existe, est un indicateur insuffisant et trompeur.

Le PIB mesure la quantité de richesses produites, mais ignore leur répartition et leur impact réel. La réalité est connue : la pauvreté augmente, les inégalités se creusent, les services publics se dégradent. La croissance bénéficie principalement à une minorité intégrée dans un système de rente, soutenu par un mode de gouvernance centralisé, biaisé, inefficace pour le bien commun et miné par la corruption. Le PIB dit combien on produit, mais pas pour qui ni dans quel but.

Mesurer la richesse sans mesurer la résilience, c’est croire à la croissance tout en condamnant le pays à la fragilité.

Zaza Ramandimbiarison

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