Quand une manifestation estudiantine cesse d’être le cri d’un mal-être éducatif pour devenir l’écho servile d’intérêts politiques financés en coulisses, alors ce n’est plus une lutte, c’est une transaction ; ce n’est plus une colère légitime, c’est un investissement à rendement différé. On ne descend plus dans la rue pour dénoncer l’effondrement du niveau académique, la misère des cités universitaires, l’humiliation quotidienne des enseignants sous-payés ou l’abandon structurel de l’éducation nationale, mais pour servir d’avant-garde jetable à des carrières en gestation, pour huiler la montée de ceux qui rêvent d’un fauteuil doré, bien calé, au plus près des étoiles du pouvoir, quitte à marcher sur les ruines intellectuelles de toute une génération.
L’étudiant n’est plus sujet politique, il devient outil, instrumentalisé, financé, orienté, encadré, scénarisé, parfois même nourri et transporté pour la cause, non pas celle de l’université, mais celle des futurs boute-en-train du système, ces boutonneux politiques qui agitent la jeunesse comme on agite un chiffon, avant de la ranger au placard une fois le siège obtenu. La manifestation devient alors un théâtre cynique où les slogans masquent l’absence de projet éducatif, où la radicalité n’est qu’un costume loué pour la journée, et où l’indignation est proportionnelle au budget alloué. Rien n’est plus tragique que cette confiscation de la colère étudiante : on détourne une souffrance réelle pour nourrir des ambitions personnelles, on recycle la misère intellectuelle en capital politique, on transforme le campus en tremplin électoral et l’université en marchepied vers les salons feutrés du pouvoir.
Et pendant que certains négocient leur avenir dans l’ombre, les étudiants retournent à leurs amphithéâtres délabrés, à leurs diplômes dévalués, à leur chômage programmé, trahis deux fois : par l’État qui les a abandonnés, et par ceux qui ont prétendu parler en leur nom. À ce stade, il faut avoir le courage de le dire sans détour : une mobilisation qui ne revendique plus l’éducation mais sert des intérêts politiques financés n’est pas une révolution, c’est une escroquerie morale, et ceux qui s’en servent comme d’un ascenseur social déguisé ne sont pas des leaders, mais des fossoyeurs … de l’avenir collectif.





