Madagascar n’a pas été gouvernée depuis 2013, tout simplement exploitée. Exploitée comme une carrière à ciel ouvert, comme un guichet automatique, comme une dette transmissible aux générations futures. Depuis trop longtemps, l’oligarchie politico-affairiste, gravitant autour du clan Rajoelina, a transformé l’État en machine à enrichissement privé, où la commande publique n’est plus un outil de développement, mais un butin de guerre. Les routes fantômes sont devenues l’un des symboles d’un pays pillé. Des dizaines de chantiers routiers attribués dans l’opacité, payés par la dette du contribuable, à peine lancés, déjà abandonnés, non conformes, non contrôlés, non sanctionnés.
Ces routes qui ne mènent nulle part racontent une seule histoire, notre argent public n’était jamais destiné au peuple. Il était destiné à financer des vies de luxure, des villas, des voitures de luxe, des comptes à l’étranger, une vie de princesse à Antananarivo, une vie de star à Paris. L’ostentation était la doctrine politique de la famille MAGIC’s système. Dans ce système, le vol ne se cache même plus. Il s’exhibe. Les réseaux sociaux sont devenus leurs vitrines de l’arrogance, les étalages de leurs fortunes sans origine explicable. Ses messages clairs étaient adressés au peuple : “Nous sommes intouchables.” C’est là que le pouvoir orange basculait dans la mafia : quand le luxe devenait un outil d’intimidation sociale, quand la richesse volée servait à humilier ceux qui la produisent. Arrive le moment des comptes. Les interpellations sont publiques, sans détours, sans gants. Comme toujours, le schéma est connu : l’argent était pris à Madagascar, la famille est alors mise à l’abri en France, les enfants y étudient, les biens sont sécurisés, la justice locale est méprisée. La France continue de jouer ce rôle trouble : refuge discret des délinquants d’État africains, terre d’accueil confortable pour les fortunes douteuses, pendant que les peuples d’origine croulent sous la dette. Paris reste la capitale de l’impunité post-coloniale. Paris n’est pas neutre. Paris sait. Paris regarde ailleurs.
Dans le système mafieux de MAGIC, il y a les exécutants, les protecteurs et les bénéficiaires. Son épouse dira qu’elle n’a jamais « signé de contrats », pour se dédouaner devant la justice malgache. Mais elle a signé le train de vie, elle a signé la jouissance, elle a signé le mépris social. La justice actuelle ne peut plus faire semblant d’ignorer le recel, la complicité passive, la jouissance consciente de biens mal acquis. Le temps où l’on se cachait derrière le statut familial est révolu. Et pourtant, rien de tout cela n’aurait été possible sans les ministres signataires, les hauts fonctionnaires obéissants, les commissions de marchés serviles, les contrôleurs devenus aveugles, les techniciens transformés en figurants. Ce ne sont pas des erreurs administratives. Ce sont des chaînes de responsabilités. Et quand le Premier Ministre commence à poser des questions tardives, une seule interrogation demeure : Pourquoi maintenant ? Et la suite ?
Les observateurs avertis et le peuple malgache, en général, réclament les comptes, leurs comptes. Car il ne faut jamais oublier que ces marchés n’étaient pas financés par les portefeuilles garnis des Rajoelina et de son homme sucré Mamy Ravatomanga. C’est tout simplement de la dette d’État, des dettes que nous devons payer. Il est plus que temps de clôturer les comptes mafieux malgaches. Ce n’est pas l’arrêt d’un fusible, le sacrifice d’un entrepreneur ni le sauvetage des sommets de l’État. C’est ouvrir les livres, suivre l’argent, saisir les biens, geler les comptes, remonter jusqu’aux décideurs, demander des comptes à l’étranger. Sans cela, tout discours sur la lutte contre la corruption ne serait qu’un mensonge institutionnel, une fois de plus. Madagascar réclame des actes, pas des procès spectacles.
Le clan Rajoelina et son écosystème ont trop longtemps cru que Madagascar était une propriété privée, sa justice négociable, son peuple résigné, une histoire amnésique. Ils se trompent. Les routes abandonnées parlent. Les dettes parleront. Les archives parleront. Les biens mal acquis finiront par parler. Il est temps de clore les comptes. Il est temps que l’impunité change de camp. Il est temps que la mafia d’État cesse d’appeler gouvernance ce qui n’est que prédation. Madagascar n’a plus besoin d’hommes providentiels. Madagascar a besoin de vérité, de justice et de rupture. Que tous les autres MAGIC soient traqués et paient pour rétablir la confiance des bailleurs à Madagascar. Et cette fois, l’addition sera présentée sur l’autel d’une vérité longtemps… terrée.









