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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Bambie et sa clique peuvent dormir sur leurs deux oreilles

La gazette de la grande île
22/01/20264 minute read

Il faut arrêter de mentir au peuple. Il faut arrêter de maquiller la lâcheté en prudence. Il faut arrêter d’appeler “transition” ce qui n’est qu’une gestion temporaire de l’impunité. À Madagascar, la vérité est simple, brutale et indéniable. Tant que l’argent de l’ancien régime n’est pas gelé, l’ancien régime n’est pas parti. Parler de renouveau, mais aucun renouveau ne commence avec des comptes bancaires intouchés. Les familles et anciens collaborateurs de l’ancien pouvoir respirent encore. Ils investissent. Ils déplacent des fonds. Ils sécurisent des relais. Pendant qu’ils attendent, l’administration obéit par anticipation. Par peur ? Par calcul ? Par habitude ?

La fuite supposée de l’ancien président Rajoelina et sa famille est encore le symptôme de la faiblesse, pas encore la preuve. Les informations qui circulent (Dubaï, Suisse, ailleurs) sont divergentes et non officiellement confirmées. Politiquement, ce flou n’est pas anodin. Une fuite réelle ou supposée d’un ancien chef d’État affaiblit la crédibilité de l’État. Le silence officiel alimente les spéculations, ce qui est toujours dangereux en période de tension politique. Dans les démocraties fragiles, l’exil doré est souvent perçu comme un aveu indirect d’impunité, même sans condamnation. Le problème n’est pas où il est, mais pourquoi l’État ne clarifie pas.

La question centrale est jetée comme un pavé dans cette mare. L’enquête sur les biens mal acquis est-il dans l’angle mort volontaire ? Les citoyens s’inquiètent sur l’absence d’enquêtes visibles, crédibles et indépendantes sur les patrimoines liés à la famille présidentielle, aux alliés économiques, aux familles par alliance dont la famille Razakandisa.

Les soupçons portent sur les trafics d’or et de devises menés par Rodolphe, le beau-père. Ce dernier a eu tous les pouvoirs de son rejeton de gendre et en a usé, jusqu’à ordonner que soient éteintes toutes les caméras de l’aéroport d’Ivato, lors de ses innombrables déplacements pour Dubaï ou Maurice. Comme tout bon père, Rodolphe Razakandisa a mené des opérations immobilières massives à Antananarivo et dans les villes stratégiques, financées par des circuits financiers opaques et des prête-noms. Mais en politique, ne pas enquêter est déjà une prise de position.

La fidèle confidente, celle qui détient les secrets

L’action tardive de la justice actuelle, sur ces biens mal acquis, serait alors un danger systémique. Même si le pouvoir actuel se veut en rupture, l’inaction judiciaire produit quatre effets toxiques. L’impunité devient une norme. « Voler l’État n’est pas puni, seulement reporté. ». Les capitaux soupçonnés restent actifs. Ces fonds peuvent encore financer des réseaux d’influence à l’intérieur de l’administration, entretenir des loyautés et alimenter des tentatives de déstabilisation politique ou sociale. La justice perdrait toute crédibilité, une justice sélective est pire qu’une justice faible. Le peuple se radicalise. Quand la voie légale est bloquée, la rue devient tentante. Le vrai risque est que l’État serait pris en otage par l’argent non assaini. Tant que les fortunes issues du pouvoir précédent ne sont ni auditées ni gelées, les circuits de l’or et des devises restent opaques, les familles politiques et économiques sont intouchables. Madagascar restera vulnérable, quel que soit le régime en place. Ce n’est pas une question de vengeance politique. C’est une question de sécurité nationale et de refondation de l’État.

Un pays qui ne traite pas les biens mal acquis prépare les crises de demain. La justice malgache est aujourd’hui à un carrefour : soit elle ose ouvrir des dossiers sensibles, au nom de la République, soit elle confirme qu’à Madagascar, le pouvoir change, mais l’impunité reste. Et dans ce cas, ce ne sont pas seulement ces familles mafieuses qui gagnent, c’est le chaos qui avance lentement, mais… sûrement.

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