Il existe des pays que l’on n’a pas besoin d’envahir. Ils se dissolvent très bien tout seuls. Il suffit d’y laisser la population à elle-même, sans boussole, sans horizon collectif, sans colonne vertébrale culturelle. Le reste suit mécaniquement : la pauvreté structurelle, le mimétisme grotesque et l’abrutissement de masse. Le peuple devient malléable, modelable, jetable. Un matériau brut pour tous les apprentis manipulateurs.
Dans ce vide, Facebook est devenu la place publique d’un carnaval tragique. Une foire aux énergumènes autoproclamés influenceurs, qui n’influencent rien d’autre que la médiocrité ambiante. Copier-coller des modes occidentales et asiatiques, sans les comprendre, sans les contextualiser, sans les digérer. Des gestes, des mots, des postures importées comme on importe des fripes : déjà usées, déjà sales, déjà obsolètes. Ils ne transmettent ni savoir, ni conscience, ni projet. Ils singent. Ils miment. Ils font semblant d’exister dans un monde qui ne leur appartient pas. TikTok, lui, est l’étage inférieur. La cave. La planète de la dépravation légère, joyeuse, rentable. Des personnages qui vivent d’exhibition permanente, noyant les fils de vidéos sans fond, sans sens, sans limites. Tout est « monétisable » : le ridicule, la vulgarité, l’humiliation de soi. Un « like » pour quelques centimes d’euros. Une danse pour oublier la faim. Une grimace pour anesthésier la misère. La misère n’est plus combattue : elle est performée. Elle devient spectacle. Elle devient business.
Et pendant ce temps, prolifèrent les pseudo lanceurs d’alerte. Des armées de comptes fake, sans visage, sans courage, sans responsabilité. Héritage direct d’une époque où le scandale faisait office de programme politique. L’ère Lalatiana Bemolotra n’est que sexe, trahison, règlements de compte et buzz permanent. Le poison a infusé. Elle a laissé une génération convaincue que dénoncer n’est pas chercher la vérité, mais salir plus fort que l’autre. Que la morale est une option. Que le mensonge est une stratégie. Résultat : un pays saturé de bruit, mais vidé de sens. Aucun programme sérieux d’éducation à la citoyenneté. Aucun effort structuré pour former des citoyens, pas des abonnés. Aucun travail de fond sur le civisme, la responsabilité collective, le rapport à l’État, à la loi, à l’autre. Parce qu’un peuple éduqué dérange. Un peuple qui comprend n’obéit pas aveuglément. Alors on préfère un peuple sans repères. Un troupeau docile, « violable » politiquement, économiquement, symboliquement. On l’excite avec des écrans. On l’abrutit avec du bling-bling. On l’apaise avec du wera wera. Et on appelle ça la modernité.
Mais qu’on ne se trompe pas. Refonder un pays sur ce fumier social, c’est rejouer exactement le même match. Même terrain pourri. Même arbitres corrompus. Même joueurs sans niveau. C’est croire qu’en repeignant les façades on efface la pourriture des fondations. C’est refaire du Lalatiana, version 2.0 : plus de filtres, plus de likes, mais la même vacuité morale. Un pays ne se relève pas avec des influenceurs incultes, des clowns numériques et des dénonciateurs de pacotille. Il se relève avec une vision, une éducation exigeante, une citoyenneté construite. Tant que cela manquera, le reste n’est que théâtre. Et le rideau, lui, tombera toujours sur le même décor : pauvreté, confusion, manipulation. Le drame n’est pas que le peuple soit pauvre. Le drame, c’est qu’on l’ait convaincu que … cela lui suffit.





