2026, année du renouveau.
À Madagascar, le mot refondation prend désormais un sens très concret. Casquette sur la tête, pelle à la main, la Police nationale s’improvise maçon, cantonnier et réparateur de routes. Une reconversion professionnelle spectaculaire, au service d’un État visiblement à court… de tout, sauf d’idées bricolées.
En ville comme en province, sur les routes nationales comme sur les axes secondaires, la scène se répète : des policiers colmatent des nids-de-poule, rebouchent des trous, égalisent des chaussées défoncées. L’image est forte, presque émouvante. Mais elle pose une question simple : depuis quand la sécurité publique inclut-elle le génie civil ?
Autrefois, ces missions relevaient du Ministère des Travaux publics. Aujourd’hui, il semble avoir été relégué au rang de figurant, pendant que les forces de l’ordre deviennent les nouveaux ouvriers de la République. Faute de moyens, faute de planification, faute de responsabilité clairement assumée, on mobilise ceux qui restent visibles : la police.
La symbolique est lourde. Un État qui confie ses routes aux policiers est un État qui colmate les problèmes à la pelle, sans jamais reconstruire les fondations. On ne répare pas un réseau routier avec de la bonne volonté et des uniformes, pas plus qu’on ne construit un pays à coups d’opérations improvisées.
Certains applaudiront l’initiative, y verront un esprit patriotique, un sens du devoir. D’autres y liront surtout l’aveu d’un échec structurel : celui d’un système où chacun finit par faire le travail de l’autre, sauf ceux dont c’est la mission.
À ce rythme, à quand les instituteurs pour réparer les ponts, les infirmiers pour gérer les décharges, ou les journalistes pour boucher les trous… dans le budget ?
À Madagascar, la République ne se bâtit plus sur des politiques publiques solides, mais sur du ciment de fortune. Et pendant que les policiers maçonnent, les routes, elles, continuent de s’effondrer — comme le reste.






