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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Des numéros de parking qui sentent … la rose

La gazette de la grande île
15/02/20264 minute read

Le mardi 12 février 2019, sous les yeux des clients et riverains du centre commercial La City, à Ivandry, une scène digne d’un film d’action s’est déroulée. Des policiers d’élite ont bloqué le parking de ce « mall » prestigieux, immobilisant un SUV de luxe, avant de maîtriser et embarquer Eddy Maminirina, surnommé Eddy « bois de rose », dans une opération à l’ancienne, presque cinématographique. Cette arrestation, répondant à un mandat de la Cour spéciale contre le trafic de bois de rose et d’ébène, a porté une lumière crue sur des réseaux économiques qui avaient prospéré dans l’ombre.

Ivandry, ce quartier huppé d’Antananarivo, est devenu le théâtre symbolique de ce qui pourrait être présenté comme un duel entre l’État encore faible et les seigneurs de l’économie informelle. Ce parking, situé devant La City Ivandry, est plus qu’un terrain de bitume : c’est un microcosme du pouvoir économique et social malgache où fortunes, statuts et visibilité sociale se rencontrent. Les parkings dans des zones prisées comme Ivandry jouent un rôle souvent sous-estimé : ils ne sont pas de simples places pour garer des voitures, mais des marqueurs de statut social, d’accès économique et de pouvoir discret.  Cependant, et c’est ici que l’histoire s’assombrit, il n’existe aucun élément vérifiable dans la sphère publique qui indique clairement quelle société ou quel groupe aurait repris, directement ou indirectement, ces emplacements de parking spécifiques après l’arrestation d’Eddy Maminirina. Les récits médiatiques ne documentent pas que ces parkings aient été officiellement attribués à une société connue ou à un personnage public après sa chute judiciaire. Ce vide d’information n’est pas anodin : il illustre la nature opaque des rapports entre le monde des affaires, les services de l’État et les élites influentes. Là où une place de parking devient un signe extérieur de richesse ou d’accès, l’absence de transparence nourrit les rumeurs, les spéculations et les interprétations les plus dures.

Depuis l’arrestation retentissante d’Eddy, ses anciens emplacements de parking de La City Ivandry ne sont plus associés à son nom dans les récits publics, mais ils continuent d’être utilisés et occupés par des véhicules et des personnalités puissantes ou connectées, souvent avec des gardes du corps visibles. Les anciennes places montrent les nouveaux visages. Cela dit : il n’y a pas de preuve publique qu’une société précise ait hérité des « anciens parkings d’Eddy », ni que ces espaces aient été transférés ou attribués à un opérateur direct lié aux réseaux économiques illégaux. Autrement dit, il s’agit moins d’un héritage « ex nihilo » des biens d’Eddy qu’une réappropriation symbolique spontanée par les élites, des véhicules de dirigeants, d’hommes d’affaires familiers du pouvoir, stationnant là où, jadis, le baron de l’ombre avait conduit ses affaires.

La disparition d’Eddy des écrans radar après son arrestation, puis sa condamnation en 2019 à cinq ans de prison ferme et à une très lourde amende, marque un tournant juridique important, mais pas nécessairement un renversement de la logique sociale qui a permis à des fortunes illicites de prospérer. Les parkings d’Ivandry, autrefois un décor secondaire, prennent aujourd’hui la place de cette tragédie : ils sont un théâtre ouvert où se rejouent quotidiennement les tensions entre richesse visible et justice invisible, entre espaces publics et pouvoir privé. Et si ces parkings n’ont pas de « nouveau propriétaire mystique », ils demeurent un symbole immobile de ce que le pays n’a pas encore résolu : une redistribution claire (et publique) des places, dans la société comme dans l’économie, entre ceux qui respectent les règles et ceux qui se pensent … au-dessus d’elles.

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