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Le Journal de l'île Rouge
Politique

La politique du tampon humide et la marque du mirage

La gazette de la grande île
18/02/20264 minute read

Et voilà ! Encore un fait politique troublant, un « buzz » nourrissant la toile numérique des pas perdus. Il s’agit de cette nomination éclair suivi d’une abrogation immédiate. Deux documents officiels circulent : un mandat du 11 février 2026, nommant Ny Rado Rafalimanana, représentant officiel pour la mobilisation internationale post-cyclone et son annulation du 13 février 2026, déclarant le mandat nul et non avenu. Deux jours. Quarante-huit heures. Une mission stratégique nationale. Puis retrait brutal. En politique institutionnelle sérieuse, cela soulève trois hypothèses : erreur de procédure interne ? Pressions politiques ou diplomatiques ? Vérifications tardives d’antécédents ou de crédibilité ? Dans tous les cas, cela révèle une fragilité de gouvernance.

La vraie question n’est pas “qui est NYR ?” Nous connaissons le bonhomme et ses frasques multiples, où se mêlent des épisodes « dübaiwood » et un one man show annuel. La vraie question sérieuse est : comment un mandat aussi stratégique peut-il être signé puis annulé en 48 heures ? Si le Palais d’État nomme sans enquête approfondie, cela pose un problème de filtrage institutionnel. S’il annule sous pression, cela pose un problème de stabilité décisionnelle. S’il s’agit d’un faux document, cela pose un problème de sécurité institutionnelle. Le scandale n’est pas le bonhomme, ni son entourage pas toujours très « catholique ». Le scandale n’est pas son énième épisode de victimologie. Le scandale, c’est qu’un mandat lié à la mobilisation internationale post-catastrophe puisse être émis … puis annulé en 48 heures. Dans tous les scénarios, l’institution est fragilisée. Notre Fonds Souverain n’est pas un terrain d’improvisation. Il représente la crédibilité diplomatique et financière d’un pays, sa capacité à attirer des partenaires sérieux, sa souveraineté stratégique. On ne joue pas avec cela. La confiance internationale repose sur une cohérence, une continuité, une traçabilité et une sérieuse vérification des profils. Une nomination-éclair suivie d’une annulation publique envoie un signal d’instabilité.

Une fois de plus, les observateurs constatent de nouveau la mise en scène permanente de la vie politique malgache. La culture du « MoU », protocole d’accord sans colonne vertébrale, est devenue l’emblème national. On signe à Dubaï, terre d’exil de Rajoelina. On serre des mains dans de fastes salons princiers, on brandit des dossiers reliés cuir et on pose à côté de personnalités floues et sans pédigrée. Mais la question demeure sans réponse depuis des lustres : où sont les décaissements ? Où sont les réalisations ? Un « MoU » n’est pas un investissement. Une photo n’est pas une levée de fonds. Être photographié à Dubaï ne vaut rien, sauf explosé les « like » et les encouragements populistes. Un mandat signé n’est pas une stratégie d’État. La Refondation, si elle veut exister politiquement, doit sortir de la culture du « MoU » performatif auquel s’excellent ces dinosaures politiques. La question qui restera toujours sans réponse, mais balayée par des communiqués avec des menaces à peine voilées : qui protège la crédibilité nationale ? Qui vérifie avant de signer ? Qui assume après avoir annulé ? Un pays ne peut pas aspirer à la souveraineté économique tout en pratiquant l’improvisation administrative.

La souveraineté ne se proclame pas. Elle se construit dans la discrétion, la discipline et la cohérence. La refondation n’est pas un studio photo diplomatique. Un État qui signe le lundi et annule le mercredi envoie un message terrible : nous ne sommes pas encore sortis de la politique du tampon humide. Et tant que Madagascar confondra visibilité et crédibilité, les investisseurs applaudiront poliment … avant de fermer leurs portefeuilles. Le problème n’est pas un homme. Le problème est le système qui permet l’ascension rapide par réseau, la mise en avant numérique, la confusion entre visibilité et crédibilité et la disparition sans reddition de comptes. Le problème est la légèreté institutionnelle. Et tant que Madagascar confondra réseau, narration et souveraineté réelle, les investisseurs viendront pour observer, signer un protocole sans lendemain et repartiront, après avoir grassement payé les frais d’approche à ces … « Mpanera aux cols blancs ».

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