Il existe des moments où une nation ne chute pas dans le fracas des armes, mais dans les menaces silencieuses et feutrées des communiqués. Le Fonds Souverain de Madagascar S.A. porte un nom lourd de promesses. Il n’est pas un simple véhicule financier, c’est l’instrument par lequel un État protège, valorise et projette sa puissance économique. Il incarne la capacité d’une nation à gérer stratégiquement ses ressources, ses actifs et ses partenariats. Notre Fonds Souverain de Madagascar S.A. devait être un rempart. Il devait être le coffre-fort stratégique de Madagascar. Il devait être l’outil de puissance économique d’un État qui veut enfin se tenir debout. Mais sans gouvernance solide, il n’est plus un coffre-fort. C’est une porte béante aux vautours financiers. Le problème n’est pas l’existence, le problème est l’architecture. Un fonds souverain ne repose pas sur des communiqués « à qui de droit », mais sur des fondations : un Conseil d’Administration constitué, des statuts publiés, un décret d’organisation interne validé en Conseil des Ministres, un mécanisme de contrôle sous tutelle du Ministère de l’Economie et des Finances, et une traçabilité des engagements.
Le vide juridique n’est jamais vide. Un vide juridique est un espace d’influence. Un espace d’influence attire toujours des intérêts. Dans un contexte de catastrophes naturelles, de fragilité budgétaire, d’urgence financière, de pression internationale, les offres arrivent vite. Trop vite. Un partenaire étranger n’est pas un ennemi par nature. Mais un partenaire, dont les intérêts sont purement spéculatifs, ne voit pas une nation. Il voit nos réserves minières, nos ports stratégiques, nos corridors énergétiques, nos terres rares et des garanties implicites. Et si le cadre institutionnel est fragile, la négociation n’est plus équilibrée, elle devient asymétrique. La captation ne se fait pas par coup d’État, elle se fait par contrats. Elle ne porte pas d’uniforme, elle porte des annexes techniques. Elle ne proclame pas la rupture constitutionnelle, elle installe une dépendance financière progressive. Et le plus dangereux ? Tout peut sembler légal en apparence. Un fonds souverain mal structuré devient un centre de pouvoir parallèle. Sans Conseil d’Administration effectif, sans organigramme réglementaire, sans contrôle indépendant, le risque n’est pas seulement administratif. Il est politique. Car contrôler les flux financiers stratégiques, c’est contrôler l’orientation économique du pays. Et contrôler l’orientation économique, c’est influencer la souveraineté réelle.

Où sont les garde-fous ? La souveraineté ne repose pas sur un sceau rouge au bas d’un communiqué. Elle repose sur la publication des actes constitutifs, la clarté des délégations de pouvoir, la traçabilité des engagements et la responsabilité des signataires. Une fois de plus, ce n’est pas une question de personnes. C’est une question d’architecture. Quand l’architecture manque, la maison tient… jusqu’à la première tempête. Et Madagascar connaît trop bien les tempêtes. Le danger le plus noir n’est pas l’erreur. Le plus noir est l’opacité. Un fonds souverain opaque peut engager des ressources sans débat, peut créer des obligations implicites, peut servir de véhicule de nantissement et peut devenir un outil de repositionnement géopolitique discret. Et lorsque les citoyens découvrent les clauses, il est souvent trop tard. Qui sont nos derniers remparts ? Les défenseurs de la souveraineté, qui ne sont pas des agitateurs. Ce sont nos juristes qui exigent les textes, nos parlementaires qui demandent les audits, nos économistes qui interrogent les garanties, nos magistrats qui rappellent la hiérarchie des normes et les citoyens qui refusent l’aveuglement. Dénoncer une fragilité institutionnelle n’est pas trahir l’État, c’est le protéger. Exiger la conformité à la loi qui fixe les modalités de notre Fonds Souverain n’est pas une attaque, c’est un acte patriotique. Posons la question centrale : le FSM d’aujourd’hui est-il vraiment un instrument de souveraineté ? Ou est-il utilisé pour être un levier d’influence ? Un fonds souverain doit protéger la nation des appétits extérieurs. Il ne doit jamais devenir leur véhicule.
La souveraineté ne disparaît pas dans un coup de tonnerre. Elle s’efface dans la normalisation de l’exception, dans l’habitude du provisoire, dans la tolérance du flou. Si les organes ne sont pas constitués, qu’ils le soient. Si les textes ne sont pas publiés, qu’ils le soient. Si les pouvoirs ne sont pas encadrés, qu’ils le soient. Sinon, le mot “souverain” restera imprimé en haut des documents et absent des faits. Madagascar n’a pas besoin d’un fonds symbolique. Il a besoin d’un fonds solide. Parce que lorsqu’un pays cède ses leviers économiques, il ne perd pas seulement de l’argent, il perd la capacité de décider. Madagascar mérite un fonds souverain solide, transparent et institutionnellement irréprochable. Parce qu’un fonds souverain n’est pas un symbole, c’est un verrou. Et un verrou sciemment mal fixé par des mains usées et corrompues finit toujours par céder. On tire la sonnette d’alarme, le mot “souverain” devient décoratif. Et lorsqu’un mot stratégique devient décoratif, une « main gauchère » commence à écrire la réalité aux dépens d’un… « p.i. ».






