Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Politique

Hery Rajaonarimampianina : le technocrate que la crise pourrait rappeler

La gazette de la grande île
14/03/20265 minute read

Dans les couloirs feutrés des organismes internationaux, un nom revient avec insistance alors que le pays entre dans une zone de turbulence politique : celui de Hery Rajaonarimampianina. Ni tribun populaire, ni chef de clan, ni chef révolutionnaire. Un technocrate. Un comptable de l’État. Dans un pays où la politique est dominée par les instincts de conquête et les rapports de force, cette singularité a longtemps été perçue comme une faiblesse. Mais dans une période d’instabilité, elle pourrait paradoxalement devenir une qualité. La question circule désormais dans les cercles politiques : l’ancien président pourrait-il devenir le Premier Ministre d’un compromis national ?

Pour comprendre la place particulière qu’occupe aujourd’hui Hery Rajaonarimampianina dans le paysage politique malgache, il faut revenir à l’origine de son ascension. Il fût un président né de la crise. Son parcours n’est pas celui d’un politicien traditionnel. Expert-comptable de formation, universitaire, entrepreneur dans le domaine de l’audit, il appartient à cette catégorie rare à Madagascar : les techniciens de la finance publique. Sa carrière politique débute véritablement en 2009 lorsque Andry Rajoelina, alors président de la transition, le nomme ministre des Finances et du Budget. Le contexte est explosif. Madagascar est isolé diplomatiquement après la crise politique qui a renversé Marc Ravalomanana. Les aides internationales sont suspendues, l’économie se contracte, les recettes publiques s’effondrent. Dans cette tempête, Rajaonarimampianina devient le gardien des caisses de l’État. Son rôle n’était pas spectaculaire, mais il était essentiel : maintenir le pays à flot. Quand survient l’élection présidentielle de 2013, les deux figures dominantes de la crise, Rajoelina et Ravalomanana, sont écartées de la compétition sous pression internationale. Le système politique doit trouver un troisième homme. Ce sera lui. Ainsi naît un président paradoxal : un chef d’État sans véritable base politique personnelle. Le président sans clan. C’est là toute l’ambiguïté de son mandat. Contrairement aux leaders malgaches qui s’appuient sur une base économique ou régionale solide, Rajaonarimampianina gouverne sans véritable appareil politique. Son parti, HVM, sera davantage une coalition administrative qu’un mouvement populaire. Dans un pays où la politique fonctionne souvent comme un archipel de clans, ce déficit d’enracinement devient rapidement un handicap. Les crises politiques se multiplient. Les alliances parlementaires fluctuent. L’autorité présidentielle apparaît fragile. Ses adversaires le décrivent comme un président effacé. Ses partisans parlent d’un homme de compromis dans un environnement dominé par les confrontations. La vérité se situe probablement entre les deux. Malgré ces critiques, Rajaonarimampianina possède un trait rare dans la politique malgache : il n’est pas perçu comme une menace existentielle par ses adversaires. Il est le paradoxe du rassembleur. Cette particularité lui permet de dialoguer avec des camps souvent irréconciliables. Dans un système politique dominé depuis deux décennies par le duel permanent entre Ravalomanana et Rajoelina, l’ancien président reste l’un des rares acteurs capables d’entretenir des relations avec les deux univers. Ce n’est pas un hasard si, dans plusieurs moments de tension politique, son nom réapparaît dans les discussions autour d’un gouvernement de compromis. Dans les crises, les systèmes politiques cherchent souvent des figures de transition. Rajaonarimampianina appartient à cette catégorie.

Si l’hypothèse de sa nomination au poste de Premier ministre circule aujourd’hui, c’est pour plusieurs raisons. La première est son expérience. Peu d’hommes politiques malgaches peuvent se prévaloir d’avoir été à la fois ministre des Finances et président de la République. Cette double expérience lui confère une connaissance rare des mécanismes de l’État. La deuxième est sa crédibilité internationale. Son profil de technocrate rassure souvent les partenaires financiers et les institutions internationales, qui voient en lui un interlocuteur prévisible et pragmatique. La troisième est son positionnement politique relativement modéré. Dans un pays saturé de conflits politiques, un profil moins clivant peut devenir un facteur de stabilisation. Au fond, la question posée aujourd’hui dépasse la personne de Rajaonarimampianina. Elle révèle un problème plus profond : la pauvreté du vivier politique malgache. Depuis près de vingt ans, la vie politique du pays tourne autour des mêmes figures. Le système semble incapable de produire une nouvelle génération de dirigeants capables d’incarner un projet national. Dans ce contexte, les anciens présidents deviennent paradoxalement des recours possibles chaque fois que le système entre en crise.

Si Hery Rajaonarimampianina devait revenir aux affaires comme Premier Ministre, il ne serait probablement pas le symbole d’une rupture historique. Il incarnerait plutôt une tentative de stabilisation. Un gestionnaire appelé à calmer les tensions, à rassurer les partenaires économiques et à maintenir l’État en fonctionnement. Mais personne ne devrait se tromper sur la nature d’un tel scénario. Ce serait une solution de transition, pas une révolution politique. La question fondamentale reste entière : Madagascar cherche-t-il un gestionnaire pour survivre à la crise, ou un leader capable de refonder l’État ? Pour l’instant, la politique malgache oscille encore entre ces deux horizons.

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top