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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Chèque en blanc – Madagascar avance. Oui.Mais vers quoi?

La gazette de la grande île
19/03/20263 minute read

On nous parle de changements, de décisions fortes, de nominations stratégiques, de réformes monétaires. On nous parle de rigueur, de traçabilité, de lutte contre les dérives. On nous parle de modernité. Mais derrière le rideau des mots, une interrogation brutale s’impose : Où est la vision ? Changer un Premier ministre pour un profil issu du renseignement financier… très bien. Mais pour faire quoi ? Gouverner une nation ou traquer des comptes ? Construire une économie ou ouvrir des dossiers ? Diriger un peuple ou surveiller des flux ? Car un pays ne se dirige pas comme une cellule d’investigation. Et pendant que les regards sont tournés vers les circuits d’argent, qui regarde encore les circuits de production ? Qui parle d’industrialisation ? Qui parle d’agriculture structurée ? Qui parle d’emplois durables ?

Silence.

 

On remplace les billets. On fragmente la monnaie. On prétend moderniser. Mais dans un pays où une grande partie de la population lutte déjà pour comprendre, survivre, transmettre, cette décision n’est pas technique, elle est violente, brutale et aveugle. On joue avec le cash dans un pays qui vit du cash. On joue avec la confiance dans un pays qui n’a déjà plus confiance. On joue avec le quotidien dans un pays qui survit au jour le jour. Et toujours, la même question : Pour aller où ? Car une nation ne se résume pas à des mesures isolées. Une nation se construit autour d’un cap. Où est la politique socio-économique claire ? Où est la politique industrielle ? Où est le plan de transformation ? Où est la colonne vertébrale ? Rien. Ou si peu. A la place, nous assistons à une succession de décisions qui donnent le sentiment d’un pouvoir en réaction, pas en projection. Un pouvoir qui ajuste, qui corrige, qui surveille… mais qui ne bâtit pas. Et dans ce vide stratégique, une impression lourde s’installe. Une impression qui ne se dit pas officiellement, mais que tout le monde ressent confusément : que la vie malgache ne se pense plus. Elle s’exécute à la cadence des décisions descendantes, à la pression des contrôles, à la logique des rapports de force. Comme si gouverner revenait à imposer, non à convaincre. Comme si diriger revenait à contraindre, non à structurer. Et progressivement, sans bruit, sans déclaration, une autre musique s’installe. Pas celle d’un projet national. Pas celle d’un développement partagé. Non. Une cadence, sèche, autoritaire, fermée : la cadence des bottes, le rythme des “oui, oui”. Un pays où l’on n’adhère plus… on s’aligne. Un pays où l’on ne débat plus… on acquiesce. Un pays où l’on ne construit plus… on obéit.

Et dans ce silence organisé, dans cette absence de cap, dans cette accumulation de mesures sans vision, le danger n’est pas seulement économique. Il est plus profond. C’est celui d’un pays qui avance sans savoir pourquoi. D’un peuple qui subit sans comprendre. D’un État qui agit sans construire. Et l’histoire l’a toujours montré : ce ne sont pas les décisions brutales qui font tomber les nations … ce sont les absences de vision qui les vident de leur avenir.

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