Le chiffre, jeté à la face de l’opinion ce 19 mars par la Cour des Comptes, donne le vertige : 3 811 milliards d’ariary. C’est le montant abyssal des détournements et des pertes qui ont saigné les finances publiques en 2025. Une hémorragie à ciel ouvert qui confirme que les caisses de l’État ne sont plus des coffres, mais des passoires.
Face à ce séisme, le Président de la Refondation, le Colonel Michaël Randrianirina, a immédiatement ordonné des enquêtes « sans distinction de fonction » et exigé une refonte urgente de la législation financière. Le ton est martial, la promesse de justice est constitutionnelle, et la fermeté semble de mise.
Mais cette démonstration de force arrive dans un désert.
La réalité est brute et humiliante : il n’y a plus personne à arrêter. Les membres de l’ancien régime, aux commandes lors de ce pillage record de 2025, ont tous réussi à quitter le pays. Malgré leurs IST, malgré les contrôles, malgré les frontières censées être verrouillées, ils sont déjà loin.
Quel crédit accorder à une « traque de haut vol » quand les suspects ont déjà franchi le tarmac ?
Lancer des investigations approfondies aujourd’hui ressemble à une parodie de justice jouée devant une salle vide. C’est inviter la population à constater l’effraction une fois que les cambrioleurs ont non seulement vidé le coffre, mais aussi pris leur envol sous les yeux de ceux qui étaient censés les surveiller. En 2025, alors que les milliards s’évaporaient, les responsables, eux, s’offraient une liberté que la loi leur interdisait pourtant.
Aujourd’hui, aligner les zéros et promettre des réformes législatives ne suffit plus à apaiser la colère. Au contraire, cela renforce le sentiment d’une pièce de théâtre amère. La question n’est plus de savoir comment le Colonel Randrianirina compte l’argent qui manque, mais comment l’appareil d’État a pu laisser s’échapper chaque suspect l’un après l’autre.
La crédibilité de la Refondation ne se jouera pas sur la publication de rapports, mais sur une explication franche : comment un État peut-il maintenir des IST tout en laissant ses frontières devenir des passoires pour les puissants ?
Si les enquêtes promises ne débouchent que sur des dossiers classés contre des ombres à l’étranger, alors ce rapport de la Cour des Comptes n’aura été qu’un faire-part de décès pour la morale publique. La justice n’est pas un exercice de communication post-mortem. C’est un acte de souveraineté. Et pour l’instant, c’est surtout l’impuissance (ou la complicité) que l’on semble avoir érigée en système.






