Des images résument un pays. Pas des discours. Pas des promesses. Des images. Et celles qui se révèlent aujourd’hui encore à Madagascar est farouche : un homme qui a construit une entreprise dans le secteur du carbone et de la reforestation, devenu ensuite le ministre chouchou de Rajoelina, en charge de l’Environnement, au cœur même du système qui distribue, oriente et valide les financements verts. « Max Andonirina Fontaine » et « Bôndy ». Deux noms. Un même écosystème. Une même zone d’influence. On nous dira que tout était légal, que les fonctions auraient été suspendues, que les procédures seraient respectées. Mais depuis quand la légalité suffit-elle à garantir la probité ?
Le problème n’est pas uniquement juridique. Il est moral, systémique, presque organique. Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’un ministère qui contrôle les projets de reboisement, les mécanismes « carbone », les financements climatiques internationaux et les autorisations environnementales. Et en face, une entreprise positionnée exactement sur ces mêmes leviers, sur ces mêmes flux, sur ces mêmes promesses vertes qui attirent aujourd’hui des milliards à l’échelle mondiale. C’est là que le ver est dans le fruit. Pas besoin de preuve spectaculaire. Pas besoin de scandale officiel. Il suffit d’un doute. Et le doute est total. Car dans ce type de configuration, la question n’est jamais : “y a-t-il eu faute ?” Mais plutôt : “le système permet-il la neutralité ?” Et la réponse est glaçante. Madagascar est assis sur un trésor : la biodiversité, les forêts, les mangroves et le carbone. Le monde est prêt à payer pour les préserver. Les fonds sont là. Massifs, structurés et stratégiques. Mais entre cet argent et le peuple, il y a eu un gros goulet d’étranglement : la mafia Rajoelina. Et l’ancien ministre de l’environnement et son staff ont commencé à se confondre avec des intérêts privés issus du même secteur, alors ce n’était plus une administration, c’était une interface capturée. On appelle cela autrement ailleurs : « conflit d’intérêt structurel », « porosité des élites », « capture de l’Etat ». Ici, on préfère se taire. Le plus grave n’est même pas ce que l’on voit. C’est ce que l’on ne voit pas. Où sont les audits publics ? Où sont les rapports financiers accessibles ? Où est la transparence sur les flux de financements verts ? Le silence est assourdissant. Et dans ce silence, prospère une certitude : le citoyen est tenu à l’écart d’un système qui parle en son nom, agit sur ses terres mais ne lui rend aucun compte.
Le drame, c’est que cette situation n’était pas une anomalie. Elle est devenue une méthode mafieuse. Une manière de gouverner où les réseaux influents de Rajoelina ont remplacé les institutions, les proximités ont remplacé les procédures et les opportunités ont remplacé l’intérêt général. Alors oui, peut-être que tout était conforme sur le papier. Peut-être que rien n’était illégal. Mais un pays ne se construit pas sur des “peut-être”. Il se construit sur la confiance. Et aujourd’hui, cette confiance est brisée. Bôndy aurait reçu de gros financements structurés via des programmes internationaux de l’USAID, Mitsiry et des partenariats privés pour le volet RSE et carbone. Ces financements impliquent généralement des reportings et des suivis d’impact. Mais à ce jour, il n’existe pas d’audit global publié, de rapport financier détaillé accessible et de certification indépendante rendue publique, type Big4 ou audit international complet. Dans le financement vert, la crédibilité ne vient pas seulement du projet, elle vient de la transparence, la gouvernance et de l’indépendance.
Max Andonirina Fontaine ne devait être que le gardien des ressources d’un peuple. Mais lorsque les frontières deviennent floues, lorsque les rôles se mélangent, lorsque l’intérêt public et les trajectoires privées s’entrelacent, alors il ne reste plus qu’une image. Celle d’un Etat qui ne protégeait plus, d’un Etat qui n’arbitrait plus, d’un Etat qui ne distribuait plus équitablement et un Etat qui, lentement, silencieusement se laissait capter, … une fois de plus.








