Il y a les scandales qui s’excusent et s’effritent facilement au fil des saisons politiciennes. Et il y a ceux qui ne s’expliquent pas. Ils s’imposent comme une évidence brutale, celle où l’État est devenu une caisse personnelle de tout le clan politique Rajoelina. Le rapport de la Cour des Comptes sur le Fonds Souverain Malagasy n’est pas un simple document administratif. C’est un acte d’accusation, froid, technique, mais d’une violence politique rare. Car derrière les lignes feutrées du rapport et son communiqué, il y a une réalité que personne n’ose nommer clairement, c’est que le système a été conçu pour contourner lui-même ses propres règles. Le F.S M. devait être l’instrument de puissance économique de la Nation, une machine de guerre financière capable de capter, structurer et projeter la richesse nationale. Il devait être l’outil pour imposer Madagascar dans le jeu des capitaux, des infrastructures, des grandes négociations. Au lieu de cela, Rajoelina y a installé des silhouettes, des hommes et femmes de l’ombre qui ont profité de cette manne souveraine.
Un fonds souverain, dans n’importe quel pays sérieux, c’est la tirelire sacrée de la Nation. A Madagascar ? C’était une passoire. Un capital libéré hors budget, des structures juridiques floues, vides et contradictoires, une gouvernance illégale dans sa composition même où il n’y a ni Conseil d’Administration ni organigramme d’organisation interne ni organe de contrôle financier, des comptes non audités, des décisions prises sans organes formels, etc, etc … Ce n’est pas de l’amateurisme. L’amateurisme fait des erreurs. Ici, on voit une logique. Une logique d’opacité perpétrée par ces disant experts et techniciens du clan Rajoelina. Dans son rapport, la Cour des Comptes mentionne les différents circuits financiers opérés par le F.S.M. Des centaines de milliards déplacés depuis la Banque centrale vers une banque commerciale. Pour le citoyen averti, le cœur du scandale est là. Pourquoi ? Officiellement : “placement”. Réellement : sortie du périmètre de contrôle. Une fois l’argent transféré, il disparaît dans une zone où les règles changent, les contrôles s’affaiblissent et les décisions deviennent discrétionnaires. C’est la technique la plus vieille du monde : on ne vole pas directement, on déplace d’abord l’argent hors du regard public. Le Grand Rock de la plus grande casse depuis 60 ans est acté, partie de la Banque Centrale vers la zone grise financière. Et puis vient l’absurde. Un fonds censé financer des infrastructures structurantes, des investissements stratégiques et des réserves pour les générations futures se met à payer 312 bus immobilisés à Iavoloha, des fontaines lumineuses à l’abandon sur le Lake Iarivo, du sponsoring international, des voyages et des retraits cash. Ce n’est plus une dérive, c’est la caricature de notre gestion publique. Ce qui frappe, ce n’est pas seulement la nature des dépenses. C’est sa vitesse hallucinante de décaissement. A peine le Directeur Général nommé en Conseil des Ministres, 48h après, on assiste au lancement d’achat massif, aux ordres de virement signés avant même les contrats, aux paiements anticipés avec dérogations exceptionnelles …Tout est accéléré. Pourquoi ? Parce que la vitesse est l’ennemie du contrôle. La mécanique Rajoelina est mise à nue : vitesse, confusion et impunité. Ce rapport sur la période de gestion de 2022 à 2025 révèle quelque chose de plus grave qu’un détournement. Il révèle un État capturé. Capturé par des intérêts internes, capturé par des réseaux, capturé par l’urgence permanente qui justifie tout. Même les garde-fous institutionnels sont contournés : conventions modifiées à répétition, conflits d’intérêts potentiels et absence totale de reddition de comptes. Mais ce n’est que partie de l’iceberg car le premier mandat de Rajoelina n’est pas immaculé de virginité : fonds de campagne douteux, malversation des fonds du Covid19, bois de rose, traffic de devises et d’or vers l’Ile Maurice et Dubaï, etc… Le plus dangereux, ce n’est pas le scandale. C’est l’habitude du scandale. Car à force de voir des milliards disparaître, des responsables jamais inquiétés, des rapports enterrés, le pays s’habitue. Et un peuple qui s’habitue à l’inacceptable devient gouvernable par le pire. Qu’on se le dise clairement, ce rapport n’est pas une anomalie. C’est un révélateur. Il montre que le problème n’est pas seulement des hommes, mais un système qui permet, et parfois encourage, la dérive. Et tant que ce système reste intact, les visages changeront, les pratiques resteront. Le rapport de la Cour des Comptes n’accuse pas frontalement. Mais il expose tout. Derrière les irrégularités techniques, une vérité brutale apparaît, le F.S.M n’a pas été confié à des bâtisseurs, mais à des exécutants. Des hommes sans puissance propre. Sans réseaux forts en négociation de grands investissements. Sans capacité de dire non. Et un homme qui ne peut pas dire non devient dangereux dès qu’on lui confie de l’argent public.
Un fonds souverain n’est pas une récompense politique. Ce n’est pas une salle d’attente pour fidèles. Ce n’est pas un cercle de reconnaissance entre hommes de foi. C’est un cockpit. Et dans ce cockpit, il nous faut impérativement des profils lourds, des réseaux internationaux, une capacité à lever des milliards de devises et une crédibilité immédiate sur les marchés. Que nous nous trompions si notre Fond Souverain s’amuse à des nominations de convenance et d’affinités cultuelles, à des faux profils sans surface financière, à des acteurs sans historique d’investissement, à des décideurs sans de véritables programmes économiques et sans colonne vertébrale stratégique. Il faut oser le dire. Le péché originel de la nomination par affinité n’a pas été excommunié. Le problème n’est pas seulement la compétence. C’est le critère de sélection. Quand les postes stratégiques du F.S.M. deviennent des cases pour « Prom », des récompenses de loyauté, des placements relationnels, des équilibres entre proches …alors il cesserait d’être une institution. Il devient une église. Une église fermée où l’on se reconnaît, où l’on se protège, où l’on se co-opte, et où la compétence devient secondaire face à l’appartenance. Un fonds souverain mal dirigé n’est pas neutre. Il ne produira pas seulement de mauvaises décisions. Il produira du vide. Pendant que d’autres pays attiraient des fonds internationaux, structuraient des consortiums et sécurisaient des investissements massifs, Madagascar transférait ses fonds dans l’opacité, finançait des achats sans stratégie et immobilisait des actifs improductifs. Ce n’était pas une erreur de gestion. C’était une perte de souveraineté économique.
La corruption vole. L’incompétence détruit. Et ici, le pire est peut-être là : un système qui ne choisit pas les meilleurs, mais les plus proches. Un système qui préfère la loyauté à la capacité. L’obéissance à la vision. L’entre-soi à la performance. Et dans un monde où les capitaux sont violents, rapides et exigeants, un pays dirigé par des profils faibles devient une proie. Notre Fond Souverain Malagasy devra être un bras armé. Mais un bras armé avec des mains liées, dirigé par des hommes sans poids, et enfermé dans des logiques de clan ne protège pas la Nation. Il l’expose. A défaut de polygraphe, notre plume ne cessera d’interpeller sur ces dérives et (re)tentative de captation de notre Fond Souverain. Qu’on se le dise tout haut, nous ne voulons plus de ces hommes qui ont induit notre Nation en erreur sur ces programmes fantomatiques d’I.E.M. ou P.E.M, qui au final, n’étaient juste que les documents justificatifs de ce « pillage organisé ». Il nous faut un bras armé de la Justice de Dame Fanirisoa pour rétablir les torts et mettre sous la lumière de la justice citoyenne toutes ces mains mafieuses de ces programmes se disant « présidentiels ». La facilité de détournement de nos biens publics devra être une leçon de pour la Refondation, celle où tôt ou tard, on devra payer au centuple … le pillage de notre Nation.






