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Le Journal de l'île Rouge
Economie

Crédits carbone : la cagnotte (des copains) invisible de Bôndy

La gazette de la grande île
24/03/20263 minute read
La directrice de cabinet de Max Fontaine est Carole Rakotondrainibe

Max Andonirina Fontaine, sous son air de Bambie, avait les mots qui rassuraient, les mots qui apaisaient les bailleurs, séduisant les ONG et ont fait briller les présentations PowerPoint dans les salons climatisés des capitales étrangères. “Climat”, “carbone”, “résilience”, “communautés locales.” Et puis il y a la réalité. Le crédit carbone était une belle promesse pour Madagascar. Une promesse de richesse verte, de souveraineté écologique et de justice pour les communautés forestières. Une promesse que l’on empile soigneusement dans des rapports, que l’on chiffre en millions de dollars et que l’on présente comme une victoire. Mais sur le terrain, dans les villages bordant les forêts que l’on prétend sauver, une question simple circule, presque honteuse : où est passé l’argent ? Car oui, l’argent existait. Il était versé, validé, certifié et applaudi.

Mais entre le moment où il est annoncé et celui où il devrait transformer la vie d’un paysan, il traverse un labyrinthe opaque : comptes spéciaux, mécanismes REDD+, structures de gestion, partenaires techniques, ONG internationales, consultants, experts, facilitateurs. Un écosystème parallèle, dense, sophistiqué et terriblement efficace pour une chose : se nourrir lui-même. Le crédit carbone n’était plus seulement un outil environnemental. C’était devenu un marché de l’intermédiation. Chaque tonne de CO₂ évitée était une ligne dans un registre. Chaque ligne devenait un flux financier. Et chaque flux attirait ses prédateurs. Non pas forcément des criminels au sens pénal, ce serait trop simple. Mais un système où les responsabilités se diluent, où les contrôles deviennent techniques, où la complexité protège mieux que n’importe quel silence. Alors les fonds se fragmentent. Une partie pour la coordination. Une autre pour la gestion. Une autre pour le suivi. Encore une autre pour la “sensibilisation”. Et à la fin ? Quelques miettes de projets, parfois utiles, souvent insuffisants, presque toujours déconnectés des montants annoncés. Le paradoxe est brutal, plus le mécanisme est sophistiqué, moins l’impact est visible. Et pendant ce temps, une autre réalité s’installe, une habitude, un réflexe, celui de considérer ces flux comme des ressources “externes”, donc moins surveillées. Moins politiques. Moins urgentes. Une zone grise où l’exigence citoyenne s’affaiblit, où la redevabilité se dilue, où l’on peut naviguer sans rendre de comptes clairs. Ce n’est pas une accusation. C’est un constat. Un système où l’opacité devient structurelle finit toujours par attirer les mêmes profils : ceux qui savent lire entre les lignes, manipuler les procédures, et transformer la complexité en opportunité. Pas besoin de scandale visible. Pas besoin de valises ni de cris. Il suffit de règles floues, de contrôles dispersés et d’un narratif vert pour couvrir le tout. Et voilà comment une idée noble, payer pour protéger la forêt, peut lentement glisser vers autre chose : un mécanisme où la valeur produite par un pays pauvre est captée, filtrée, redistribuée sans jamais vraiment l’enrichir.

Et la question, désormais, n’est plus de savoir si l’argent existe encore. Mais de savoir si ces millions “verts”, célébrés dans les conférences internationales, adulés par le parrain Rajoelina, ne sont pas en train de devenir, silencieusement, proprement, légalement, la cagnotte que seuls Max Fontaine et son ancienne équipe savent réellement s’en servir, quelque part, à l’ombre de … « Bôndy ».

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