La refondation ? Un slogan. Une façade. Une illusion soigneusement entretenue pendant que les mêmes pratiques perdurent. À ce rythme, elle restera ce qu’elle est déjà devenue : une promesse vide, renvoyée, une fois de plus, aux calendes grecques.
On nous parle de refondation. Mais ce qui se met en place ressemble davantage à une restauration.
Les mêmes visages, les mêmes réseaux, les mêmes logiques. Des fonctionnaires — souvent issus des mêmes promotions —, des hauts gradés, des députés occupent aujourd’hui les positions clés du pouvoir. Beaucoup ont été associés, de près ou de loin, aux systèmes de gouvernance qui ont durablement affaibli l’État depuis 2009.
Ce constat interroge. Car ces élites ont évolué dans un environnement marqué par des dérives bien connues : opacité dans la gestion publique, exploitation contestée des ressources naturelles, confusion persistante entre intérêts publics et privés. Sans nécessairement en être toujours les instigateurs, elles en ont été, au minimum, les témoins actifs — et rarement les contre-pouvoirs attendus.
La communication politique constitue l’un des ressorts essentiels de cette continuité. Sous le régime d’Andry Rajoelina, une stratégie de communication structurée a su capter l’adhésion d’une population fragilisée, en valorisant des symboles forts, des annonces visibles et un récit de transformation. Cette approche, efficace sur le plan de l’image, tend toutefois à prendre le pas sur l’évaluation concrète des politiques publiques. Aujourd’hui encore, elle semble mobilisée pour conforter une légitimité davantage narrative que structurelle.
Dans ce contexte, la promotion de certaines figures issues d’institutions censées incarner la régulation — notamment dans la lutte anticorruption — suscite des interrogations légitimes. Lorsque les résultats perçus restent limités face à des enjeux systémiques, ces nominations peuvent apparaître moins comme des ruptures que comme des continuités administratives.
Il ne s’agit pas de refonder. Il s’agit de conserver. De verrouiller. De protéger un système où l’État est capturé par des intérêts privés et des corps constitués, où une élite se reproduit en vase clos, loin des réalités du peuple. La vérité est simple : il n’y a pas de rupture. Il y a continuité.
Dès lors, une question s’impose : peut-on parler de refondation sans renouvellement réel des pratiques, des méthodes et des mécanismes de responsabilité ?
Car au-delà des discours, le sentiment dominant reste celui d’un système qui se perpétue. Un système où les équilibres internes priment sur la transformation, où les réseaux se recomposent sans se réinventer ; un système où l’État est capturé par des intérêts privés et des corps constitués, où une élite se reproduit en vase clos, loin des réalités du peuple, et où l’intérêt général peine à s’imposer comme boussole centrale.
La refondation, dans ces conditions, risque de rester un horizon proclamé plutôt qu’un processus engagé.





