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Le Journal de l'île Rouge
Politique

MVola : l’économie de la dette courte durée ou l’industrie de la survie payante

La gazette de la grande île
08/04/20263 minute read

Il n’y a plus d’ambiguïté. Ce que certains appellent “inclusion financière” est devenu, dans les faits, une économie organisée de la dépendance. Derrière les messages anodins de MVola, ce ne sont pas des services qui parlent, c’est un système froid, calculé et optimisé. Un système qui a compris une chose essentielle est que la pauvreté malgache n’est pas un problème à résoudre, c’est un marché à exploiter.

Le crédit instantané est la morphine sociale. MVola promet la rapidité, la simplicité et l’accessibilité. Mais en réalité, le système offre une dose, une dose de liquidité, une injection pour tenir quelques jours et puis vient la facture. Et elle tombe toujours au mauvais moment. Derrière il y a la boucle invisible, le malgache emprunte pour respirer, rembourse en l’étouffant et « ré-emprunte » pour survivre. Et à chaque cycle, MVola l’appauvrit un peu plus, en même temps sécurise un peu plus leurs marges. Ce n’est pas un accident. C’est un modèle économique.

Cette normalisation du déséquilibre est devenue le sommet de la pyramide. Au sommet, la « Banky Foiben’i Madagasikara » ajuste ses taux pour “stabiliser”. Mais stabiliser quoi ? Une monnaie fragile, une économie sous perfusion, un système bancaire prudent pour lui-même. Pendant ce temps, en bas, le citoyen absorbe toute la pression. Les taux montent en silence, mais les conséquences hurlent dans les foyers. 12% : ce n’est pas un chiffre, c’est un signal. Passer de 9% à 12%, ce n’est pas technique. C’est stratégique. C’est dire que “le risque augmente, et ce risque, ce n’est pas nous qui allons le porter.” Alors on le transfère. Vers qui ? Vers le citoyen lambda qui n’a pas le choix. On est face à une économie qui ne construit rien. Ce crédit ne finance pas des entreprises, des projets, des investissements. Il finance des urgences, des retards et des manques. C’est une économie de colmatage, pas de construction. On ne bâtit pas un pays avec des avances de 30 jours. On entretient juste sa fragilité.

Le piège est parfait, bien calculé, accepté et applaudi par un petit cercle de cadres « gasy » bien blottis dans leur confort mensuel. Pas besoin de chaînes, pas besoin de violence visible. Juste un téléphone, un message, un code USSD et la machine tourne, silencieuse, efficace et légale. Ce système fonctionne parce que les revenus sont faibles, les alternatives sont inexistantes, la régulation est molle et la demande est désespérée. C’est l’alignement parfait pour une extraction continue de valeur vers le haut.

MVola n’est pas une dérive, c’est une architecture. Une architecture où le pauvre paie plus cher pour être pauvre, où la vitesse remplace la justice et où l’urgence remplace la dignité. On ne sort pas les gens de la pauvreté en leur vendant du crédit cher. On les y installe durablement. Tant qu’il n’y a pas une réelle volonté de « Fanavaozana » du Programme d’Ajustement Structurel de 1987, les vautours financiers trouveront toujours l’artifice de voler aux pauvres, sous couvert de nos lois, obsolètes, malléables et une porte ouverte à la captation de … l’Etat.

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