Il y a des noms qui ne disparaissent jamais vraiment. Ils s’effacent, se terrent et attendent. Puis ils reviennent. Non pas par la porte, mais par les fissures d’un système déjà fragilisé, déjà compromis, déjà prêt à céder. « Lalaina Diamant » n’est pas un simple homme. Il est un symptôme, une rechute, une maladie chronique de l’Etat malagasy : celle de la captation, du recyclage des réseaux, de l’impunité élevée au rang de gouvernance.
Les opérateurs miniers légaux, déjà étranglés par l’informel, la corruption et l’instabilité réglementaire, sentent le vent tourner. Pas celui de la réforme, celui du retour du « prédator ». Car derrière une nomination régionale, celle de Toamasina, se cache une architecture de pouvoir bien plus vaste. Une direction régionale des Mines n’est pas un simple bureau administratif. C’est un poste de contrôle, un point de passage stratégique où se négocient les autorisations, où se filtrent les flux, où se monnayent les silences. Alors la question n’est pas de savoir qui est nommé. La vraie question est : qui contrôle la rente minière ? Dans un pays où les ressources naturelles devraient être un levier de développement, elles deviennent un terrain de guerre feutrée entre réseaux d’influence. Chaque nomination est un signal. Chaque silence, une validation. Chaque alerte ignorée, une complicité. Le plus inquiétant n’est pas l’homme en lui-même. C’est le système qui le rend possible. Car pour qu’un tel retour soit envisageable, il faut une chaîne de défaillances : une administration poreuse, un contrôle institutionnel affaibli, des contre-pouvoirs neutralisés et surtout, une mémoire collective anesthésiée. Les citoyens de la bourgade d’Ambohibao Antehiroka sont marqués psychologiquement à vie par les malversations et les vols de biens publics, perpétrés par cet individu, du temps de son mandat de maire sous couvert de la mafia Rajoelina.
Les alertes du J.I.R. ? Étouffées, dissoutes dans ce bruit de fond où l’indignation ne dure qu’un cycle médiatique. Puis plus rien. Le désert, un silence lourd, presque complice. Et pendant ce temps, dans les coulisses, les anciennes alliances se reforment. Les réseaux d’hier deviennent les décideurs de demain. Les “rejetons” de l’ancien régime ne disparaissent pas : ils mutent, ils s’adaptent, ils infiltrent. Le mythe du changement politique s’effondre alors brutalement. Car ce que l’on observe n’est pas une rupture, c’est une continuité masquée, une transition de façade derrière laquelle les mêmes logiques persistent : accumulation, prédation, verrouillage. Le poste de directeur régional des Mines de la Région Atsinanana devient alors une pièce maîtresse : contrôle des permis, arbitrage des conflits, influence sur les exportations et accès aux flux financiers informels.
Le pouvoir discret de Lalaina Diamant est redoutable. Et c’est là que le mot revient, comme une évidence malsaine : « mallette ». Car dans ce théâtre politique, les radars ne tombent pas en panne par hasard. Ils sont éteints délibérément par des mains bien connues. Des mains qui savent que dans un système où tout a un prix, la morale est toujours la première à être vendue. Alors oui, le retour de « Lalaina Diamant » ne sera pas un événement, ce sera un signal d’alarme. Le signe que la réforme des Mines n’est qu’un discours. Le signe que l’Etat reste vulnérable à ses propres démons. Le signe que la gouvernance continue de se négocier dans l’ombre. Et surtout, le signe que Madagascar n’a toujours pas réglé son problème fondamental : qui gouverne réellement ? Car tant que cette question restera sans réponse claire, les “typhus” politiques continueront de revenir. Encore et encore, jusqu’à l’effondrement complet du système ou jusqu’à un sursaut que plus personne n’ose encore espérer.
Lalaina Diamant investit son trésor de guerre dans des causes comme celle des « Ambany tanàna ». Elles sont toujours des outils de pression politiques et sont de formidables machines à laver pour se refaire une virginité scintillante. Mais nous ne sommes pas dupes et nous osons croire que les meneurs de ces causes et le Conseil des Ministres sauront différencier les « vary » des … « tsiparifary ».







