La colère, elle est légitime. La marche, elle est historique, dans un paysage malagasy où la rue a toujours parlé plus fort que les institutions. Non. Ce qui dérange, c’est la sensation d’un déjà-vu, maquillé en réveil générationnel. Entre Ambohijatovo et la Place du 13 Mai, ce n’est pas une révolution qui se prépare, c’est une répétition. La Gen Z malagasy : révoltée, oui. Libre ? Rien n’est moins sûr. On veut nous vendre une jeunesse debout, une génération qui refuse la corruption, qui exige des comptes, qui crie “tsisy mafia”. Très bien.
Mais regardons froidement le contexte et posons les bonnes questions. Qui a formulé ces revendications ? Qui maîtrise les leviers médiatiques pour les diffuser ? Qui bénéficie politiquement d’un climat de contestation ? Certainement pas ces jeunes qui tiennent les pancartes. La Gen Z ne crée pas encore le rapport de force, elle l’habille. La grande illusion est de croire que crier remplace gouverner. Le pouvoir en place parle de Refondation. La rue parle de transparence. Mais entre les deux, il n’y a rien. Pas de pont, pas de structure, pas de vision alternative. Juste un théâtre politique où chacun joue son rôle : le pouvoir promet, l’opposition souffle, la jeunesse crie et le système continue. La marche devient alors une soupape, pas une rupture.
Les institutions sont dorénavant les boucs émissaires pratiques. La HCC, la CENI, elles sont faciles à attaquer, faciles à brandir comme symboles du “mal”. Mais soyons honnêtes, les institutions ne sont jamais que le reflet de ceux qui les contrôlent. Les dénoncer sans s’attaquer aux réseaux qui les alimentent, c’est frapper l’ombre en laissant le corps intact. C’est politique, mais c’est surtout inefficace. La rue a été toujours un outil historique recyclé. Depuis la Révolution de 1972 à Madagascar, la rue est utilisée comme levier ultime. Mais combien de fois ce levier a-t-il réellement libéré le pays ? Trop souvent, il a servi à remplacer une élite par une autre, à redistribuer les cartes sans changer les règles et à donner au peuple l’illusion d’avoir choisi. Et aujourd’hui, le scénario recommence avec une nouvelle génération en première ligne. Un « bis repetita » morose dont le peuple s’en lasse. Cette marche n’effraie pas vraiment le pouvoir, ne l’effraye plus. Elle ne menace plus le système. Pourquoi ? Parce qu’elle est trop prévisible, financièrement encadrable et politiquement récupérable. Les nouveaux chars, fièrement arborés, sont là pour dissuader. Une colère sans stratégie est toujours une énergie gratuite. Et en politique, l’énergie gratuite est toujours exploitée.
Il faut oser le dire, même si ça dérange. La Gen Z malagasy n’est pas encore une force politique. Est-elle le moteur d’une « table rasa » ou juste l’animal de trait ? Elle pense peut-être écrire une nouvelle page. Mais elle marche peut-être sur un chemin déjà tracé par d’autres. Dans l’ombre des slogans et des hashtags, une question dérangeante s’impose : et si cette génération n’était pas en train de renverser le système mais simplement de tirer la charrette de ceux qui y sont déjà installés, ou de ceux qui veulent y remonter ? Et si la Gen Z ne comprend pas rapidement une chose essentielle, que la rue sans stratégie est une servitude moderne, alors elle ne changera rien. Elle servira encore. L’âne de service ne choisit pas la direction. Il avance. Il porte. Il fatigue. Et à la fin, ce n’est jamais lui qui tient les rênes.
Cette marche peut être le début d’une conscience politique réelle, ou bien un recyclage sophistiqué de la manipulation des masses. Tout dépendra de ce qui vient après : organisation ou dispersion, vision ou simple colère, indépendance ou récupération. Dans tous les cas, la GenZ se fait toujours coiffée au poteau, à l’image de ces somptueux voyages présidentiels où de vieilles casseroles et quelques paillettes, périmées politiquement, se sont accaparées le devant de la scène, lors des rencontres diasporiques. Pour l’instant, une chose est certaine : le feu est là. Mais personne ne sait encore qui tient … l’allumette.






