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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Impunité de haut vol : le cas Maharante défie la « Refondation »

La gazette de la grande île
22/05/20264 minute read
Le régime d'Andry Rajoelina a offert un véritable paratonnerre judiciaire à Maharante

Note importante : Les faits évoqués dans cet article reposent sur des dossiers réels et tangibles, rigoureusement documentés et vérifiés par les instances officielles de lutte contre la corruption, à savoir le Pôle Anti-Corruption (PAC) et le Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO). Contrairement à plusieurs autres affaires montées de toutes pièces sous le régime Rajoelina — des dossiers d’accusation inventés sous la dictée de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga et aujourd’hui reconnus comme nuls et non avenus —, le cas Maharante Jean de Dieu s’appuie sur des détournements de fonds publics massifs et avérés.

Preuve flagrante de cette justice politique à deux vitesses : les vérifications récentes des casiers judiciaires de plusieurs personnalités politiques et hommes d’affaires, pourtant lourdement accusés ou prétendument condamnés à grand renfort de communication sous le règne Rajoelina, ont révélé des casiers totalement vierges. Cela démontre de manière indiscutable que ces dossiers étaient de pures inventions politiques dont l’institution judiciaire elle-même n’a jamais gardé trace, tandis que les crimes économiques réels, eux, sont protégés par le pouvoir.

Le retour au pays de Maharante Jean de Dieu en août 2022 reste l’un des plus parfaits exemples de blanchiment politique à Madagascar. Après plus de trois ans d’exil en France, l’ancien ministre est rentré à Antananarivo, accueilli avec des égards protocolaires surprenants pour un homme au cœur de dossiers de corruption majeurs.

Les milliards oubliés du MPTDN

Les rapports du BIANCO et du PAC sont pourtant accablants. Les détournements de fonds publics reprochés à l’ancien ministre des Postes et des Télécommunications s’élèvent à près de 19 milliards d’Ariary, répartis sur deux dossiers principaux :

  • Le pillage des incubateurs universitaires : Un détournement d’environ 3,4 milliards d’Ariary initialement destinés à équiper en matériel technologique les centres d’incubation des universités d’Antananarivo, Mahajanga, Toamasina, Antsiranana et Toliara.
  • Le gouffre du Fonds des TIC et de l’ARTEC : Plus de 15 milliards d’Ariary évaporés via des marchés publics fictifs et des paiements sans contrepartie de services faits au sein de l’autorité de régulation.

Le recyclage politique : un pacte d’immunité

Face à ces accusations solides, le dossier a pourtant connu un enterrement de première classe grâce au verrou de la Haute Cour de Justice (HCJ). En bloquant la mise en accusation à l’Assemblée nationale — alors contrôlée par la majorité présidentielle —, le régime d’Andry Rajoelina a offert un véritable paratonnerre judiciaire à Maharante.

Ce « blanchiment » s’explique par un troc politique évident : en échange de son immunité de fait, ce leader d’opinion de l’association FIZAFATO a mis son poids politique et son influence dans le Grand Sud (Toliara) au service du candidat Rajoelina dès la campagne présidentielle de fin 2023. Un recyclage réussi, calqué sur le modèle de ces barons politiques et députés de la majorité qui ont su troquer leur ralliement contre l’oubli de leurs crimes financiers.

La Refondation face au miroir

Aujourd’hui, le nouveau mot d’ordre de « Refondation » vante la fin de l’impunité et la traque des délinquants financiers. Mais comment asseoir la légitimité de ce discours lorsque de véritables criminels en col blanc, théoriquement visés par des Interdictions de Sortie du Territoire (IST) et de régulières convocations par la Section de recherches criminelles, continuent de circuler librement et de peser sur l’échiquier politique ?

Si la Refondation veut s’extraire de la simple rhétorique, elle devra impérativement briser ces accords de coulisses et faire le tri entre les dossiers politiques calomnieux du passé et les crimes économiques réels. Le traitement du cas Maharante sera le véritable baromètre de cette volonté politique : la justice choisira-t-elle la rupture ou la continuité des arrangements 

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