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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Croissance du PIB : et si nous cessions de confondre les chiffres avec le développement ?

La gazette de la grande île
05/08/20264 minute read

Le 27 juillet 2026, l’agence Standard & Poor’s Global Ratings a publié un rapport dressant un état des lieux de la situation économique de Madagascar.

Le rapport constate que les perspectives de croissance restent favorables malgré les chocs subis. Il indique que « la croissance du PIB devrait rester modérée à 3,1 % en 2026 » et prévoit que « sur la période 2027-2029, la croissance du PIB devrait se stabiliser autour de 4 % ».

À première vue, ces chiffres peuvent sembler encourageants. Ils rassurent les investisseurs et les partenaires financiers internationaux. Ils montrent que l’économie malgache résiste à plusieurs crises.

Mais une question essentielle mérite d’être posée :

Les Malagasy vivent-ils réellement mieux parce que le PIB augmente ?

Pour la grande majorité de nos concitoyens, la réponse est malheureusement non.

Chaque jour, des millions de familles continuent à lutter pour se nourrir, se soigner, envoyer leurs enfants à l’école ou trouver un emploi décent. Pour elles, une croissance de 3 % ou de 4 % ne change rien si leurs revenus stagnent et si le coût de la vie continue d’augmenter.

Depuis plus de soixante ans, Madagascar a connu plusieurs périodes de croissance économique. Pourtant, notre pays figure toujours parmi les plus pauvres du monde.

Pourquoi ?

Parce que nous continuons à mesurer notre réussite avec un indicateur qui ne dit pas tout.

Le PIB mesure la richesse produite. Il ne mesure ni sa répartition, ni le nombre d’emplois créés, ni le niveau de vie des familles, ni la qualité des services publics, ni la réduction de la pauvreté.

Une mine peut exporter des milliards d’ariary de minerais. Le PIB augmente. Pourtant, si ces minerais sont exportés presque sans transformation, si les équipements sont importés, si les emplois qualifiés restent limités et si la valeur ajoutée est créée ailleurs, la richesse produite profite peu à l’économie nationale.

Nous risquons alors de célébrer une croissance qui enrichit les statistiques davantage que les Malagasy.

Le véritable défi n’est donc plus de rechercher uniquement davantage de croissance.

Le véritable défi est de changer de modèle économique.

Madagascar doit passer d’une économie qui exporte principalement des matières premières à une économie qui transforme ses ressources, développe ses industries, soutient ses entrepreneurs et crée massivement des emplois.

Notre agriculture ne doit plus seulement produire davantage ; elle doit nourrir le pays, approvisionner nos industries et créer des revenus décents pour les producteurs.

Nos ressources minières ne doivent plus seulement être extraites ; elles doivent devenir un levier d’industrialisation, de transfert de technologies et de développement des compétences nationales.

Nos régions ne doivent plus attendre que tout soit décidé à Antananarivo ; elles doivent disposer des moyens, des compétences et des ressources nécessaires pour construire leur propre développement.

La croissance économique n’a de sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des citoyens.

Demain, le succès de Madagascar ne devrait plus être évalué uniquement à partir du taux de croissance du PIB.

Il devrait être mesuré par des questions beaucoup plus simples :

Les jeunes trouvent-ils un emploi ?

Les paysans vivent-ils dignement de leur travail ?

Les entreprises malgaches se développent-elles ?

Les régions créent-elles davantage de richesses ?

Les familles voient-elles leur pouvoir d’achat progresser ?

La pauvreté recule-t-elle réellement ?

Voilà les indicateurs qui devraient guider notre action publique.

Le véritable changement de paradigme ne consiste pas à obtenir quelques dixièmes de point de croissance supplémentaires.

Il consiste à faire en sorte que chaque point de croissance se transforme en emplois, en revenus, en entreprises, en infrastructures, en compétences et en espoir pour les Malagasy.

Le jour où la croissance sera ressentie dans le portefeuille des familles, dans les exploitations agricoles, dans les ateliers, dans les PME et dans les communes, alors seulement nous pourrons parler de développement.

Avant cela, une hausse du PIB restera surtout une bonne nouvelle pour les tableaux statistiques… mais pas encore pour la majorité des Malagasy.

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