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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Quand la corruption prend le volant : la tragédie d’Ambohidahy

La gazette de la grande île
10/09/20264 minute read
Quelle que soit la cause technique retenue, le constat final reste le même : la corruption généralisée tue. Le chauffeur placé en détention préventive n'est que la surface visible de l'iceberg, le simple exécutant d'un système défaillant

Le drame survenu le 8 septembre dernier au Tunnel d’Ambohidahy ne relève pas d’un simple accident de la route. Faire un bilan de huit blessés, dont quatre ont succombé à leurs blessures après qu’un bus de la ligne 186 a percuté des piétons sur le trottoir, exige de regarder la réalité en face. Après avoir pris le recul nécessaire, force est de constater que derrière les trois hypothèses qui s’affrontent, une seule et unique cause profonde émerge : la corruption généralisée.

Les trois hypothèses au banc d’essai de la corruption

  1. La défaillance des freins : le fruit empoisonné de la corruption des visites techniques

Combien de fois a-t-on répété que le laxisme des contrôles allait tuer ? Les freins d’un véhicule rigoureusement contrôlé ne lâchent pas par hasard. Mais lorsque les visites techniques et les contre-visites se résument à soudoyer des agents pour valider des épaves administratives auprès de la Direction Générale de la Sécurité Routière (DGSR), le drame devient inévitable. Ici, la corruption mécanique se solde par des pertes de vies humaines.

  1. L’irruption du cycliste : quand la corruption tolère l’illégalité

Si cette deuxième piste s’avère exacte, elle met en lumière une autre dérive. Comment des vélos parviennent-ils à circuler en plein centre-ville au mépris total des interdictions légales et sans la moindre notion du code de la route ? Tout simplement parce qu’ils sont tolérés par les agents de police de circulation, moyennant quelques billets pour fermer les yeux. Une fois de plus, fermer l’accès aux règles par pitié ou vénalité nourrit une chaîne de corruption qui finit par faucher des innocents.

  1. L’imprudence du chauffeur : l’impunité achetée au quotidien

C’est l’explication vers laquelle se tournent naturellement les assurances et la Sécurité Routière pour esquiver leurs responsabilités. En pleine heure de pointe, les courses-poursuites et les excès de vitesse des bus sont monnaie courante.

Quant à la défense du chauffeur, elle nous plonge tout droit dans le paranormal : il aurait perdu le contrôle à cause d’une mystérieuse « ombre noire » traversant la route. C’est bien connu, ce sont les spectres et les fantômes qui poussent les bus à rouler à tombeau ouvert en plein milieu de l’après-midi, et non l’absence totale de conscience professionnelle. Mais balayons d’un revers de main cette incursion hollywoodienne : sur le terrain, la réalité est bien plus terre à terre. À chaque arrêt, la présence d’agents de police qui perçoivent de l’argent de la part des conducteurs garantit une impunité totale. En échange de pots-de-vin, on couvre les infractions, les insultes et les mises en danger permanentes des passagers.

Un système gangrené de toutes parts

Qu’il s’agisse de freins défectueux validés sous le manteau, de la circulation illégale de vélos fermement tolérée contre espèces sonnantes et trébuchantes, ou de chauffeurs encouragés dans leur piraterie routière par des forces de l’ordre corrompues, le constat est implacable.

Le chauffeur placé en détention n’est que l’exécutant visible d’un système pourri jusqu’à la moelle. La chaîne de responsabilité est vaste et éclabousse toutes les parties prenantes : conducteurs, receveurs, police, ATT, DGSR, Ministère des Transports, propriétaires de véhicules et coopératives. Tant que le système du « arrangement » et de la corruption régnera en maître, le macadam continuera de porter le sang des citoyens.

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