Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Economie

Sommet “ États-Unis–Afrique “ : l’absence de Madagascar, un signal qui interpelle

La gazette de la grande île
06/07/20254 minute read

Un Sommet États-Unis -Afrique se déroulera du 9 au 11 juillet 2025   à Washington ; le président Donald Trump accueillera cinq chefs d’État africains pour un sommet hautement symbolique et stratégiquement décisif. L’Objectif serait : réaffirmer la présence américaine sur un continent devenu l’épicentre d’une nouvelle guerre d’influence mondiale. Pourtant, au-delà des annonces officielles et des discours diplomatiques, un fait mérite toute notre attention : Madagascar ne figure pas parmi les invités.

Et ce silence, en diplomatie, est souvent plus éloquent qu’un discours.

Un tournant dans la diplomatie américaine

Ce sommet, présenté comme le « premier événement majeur » sur l’Afrique du nouveau mandat Trump, marque une rupture. Exit les approches globales ou multilatérales : place à une stratégie sélective, bilatérale, voire transactionnelle. La Maison Blanche semble vouloir s’entourer de partenaires jugés solides, stables, stratégiques — en somme, utiles dans le cadre du bras de fer qui oppose les États-Unis à la Chine et à la Russie.

L’administration américaine mise notamment sur un partenariat renforcé dans les domaines de la sécurité, du commerce, et surtout des minerais critiques. Dans ce contexte, l’Afrique n’est plus perçue comme un terrain d’aide au développement, mais comme un acteur clé dans la redéfinition des équilibres géopolitiques mondiaux.

Une absence révélatrice

Dans ce contexte, l’absence de Madagascar n’est pas anodine. Elle suscite une double interrogation. Pourquoi ce pays — historiquement lié aux États-Unis, riche en ressources stratégiques et engagées dans plusieurs coopérations bilatérales — ne figure-t-il pas à la table ? Et pourquoi maintenant, alors que l’ambassade américaine à Antananarivo adoptait récemment un ton rassurant lors de la fermeture du bureau de l’USAID, assurant que les liens restaient solides ?

L’absence de réponse officielle ouvre la voie aux interprétations. Et l’une d’elles s’impose : le message envoyé par Washington est politique.

Il serait naïf de penser que ce choix est purement logistique ou anodin. Il traduit sans doute un certain malaise vis-à-vis de la gouvernance malgache actuelle. Instabilité politique, flou institutionnel, atteintes répétées à l’État de droit : autant de facteurs susceptibles d’inquiéter un partenaire qui, malgré son pragmatisme, reste sensible aux enjeux de transparence, de démocratie et de prévisibilité.

Une île à la position stratégique sous-estimée

Pourtant, l’exclusion de Madagascar interpelle d’autant plus que le pays occupe une position géostratégique majeure. Située au cœur de l’océan Indien, bordant le canal du Mozambique — l’un des corridors maritimes les plus fréquentés au monde — Madagascar est un carrefour incontournable du commerce international entre l’Asie, l’Afrique de l’Est et l’Europe.

Ce canal, passage obligé des flux énergétiques et commerciaux mondiaux, est devenu un enjeu de sécurité maritime global. Avec la montée des rivalités maritimes, la surveillance de cette zone est un enjeu stratégique pour toutes les grandes puissances. En d’autres termes, Madagascar ne devrait pas seulement être vu comme une périphérie oubliée, mais comme un poste avancé au cœur des nouvelles routes de la mondialisation.

Ignorer ce potentiel, c’est sous-estimer l’importance géopolitique de l’océan Indien occidental dans les équilibres du XXIe siècle.

Un signal à décrypter, un cap à corriger ?

Ce n’est pas la première fois que Madagascar semble relégué en marge des grandes dynamiques diplomatiques africaines. Mais cette fois, le signal est fort, frontal, presque brutal. Il invite les dirigeants malgaches à s’interroger : sur la trajectoire actuelle du pays, sur la lisibilité de sa politique étrangère, et sur sa capacité à redevenir un interlocuteur crédible, fiable, structuré.

Car au fond, ce que révèle cette mise à l’écart, c’est une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : dans un monde où les alliances se redessinent, seuls les États capables d’offrir stabilité, cohérence et leadership peuvent espérer être au centre du jeu.

Madagascar peut, et doit, en faire partie. Mais cela exige un sursaut.

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top