Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Société

« Je ne veux pas savoir » (Tsy rarahin’ny amaniko) : un aveu choquant d’irresponsabilité au sommet de la veille sanitaire à Madagascar

La gazette de la grande île
21/07/20253 minute read

Le 14 juin dernier, une fête d’anniversaire à Ambohimalaza tourne au drame : au moins 28 personnes perdent la vie, victimes d’un empoisonnement collectif. Depuis, l’émotion est vive. Les familles endeuillées attendent des réponses. Les citoyens, eux, espèrent un minimum de transparence, de compassion et d’engagement de la part des autorités sanitaires. Or, ce mercredi, une déclaration glaçante est venue d’une voix censée être celle de la vigilance et de la responsabilité.

Interrogée par TV5 Monde et Radio France Internationale, Dr Manuella Vololoniaina, directrice de la Veille sanitaire, de la Surveillance épidémiologique et Riposte (DVSSER) auprès du ministère de la Santé publique, a tout simplement déclaré : « Je n’ai pas le nom [de la substance], mais on m’a dit que c’est de l’empoisonnement. Et je ne veux pas savoir. » Un refus de savoir, et donc de comprendre, d’agir, de prévenir. Un refus d’assumer pleinement la mission qui lui incombe.

Un mépris choquant pour la déontologie

Le rôle de la DVSSER est justement de surveiller, d’analyser, de prévenir les risques sanitaires majeurs. Ce service est l’un des piliers de la réponse rapide aux crises de santé publique. Comment une responsable occupant un tel poste peut-elle publiquement affirmer son désintérêt pour l’une des intoxications collectives les plus meurtrières des dernières années ?

Ce n’est pas seulement un aveu de négligence. C’est un affront à la déontologie médicale et à l’éthique professionnelle. Une insulte à la mémoire des victimes. Une gifle pour les familles qui espèrent justice et vérité. Et un terrible signal envoyé à la population : même ceux qui sont censés veiller sur notre santé préfèrent détourner le regard.

Quand l’incompétence devient dangereuse

Il ne s’agit pas ici d’un simple « dérapage verbal ». C’est une posture. Une posture inacceptable. En refusant de savoir, Dr Vololoniaina sabote sa propre mission. Elle refuse d’enclencher les mécanismes d’alerte, d’analyse toxicologique, de prévention d’autres intoxications similaires. Que se passerait-il si cette substance, toujours en circulation, faisait d’autres victimes demain ? Le silence complice et l’indifférence ne protègent personne.

Où est la conscience professionnelle ?

À ce niveau de responsabilité, la conscience professionnelle ne devrait pas être une option. Elle est une exigence. La peur d’assumer, la lassitude ou le confort bureaucratique ne justifient en aucun cas l’inaction, encore moins l’indifférence assumée.

Dr Vololoniaina n’est pas une simple technicienne. Elle est directrice nationale. Son rôle est de poser les bases de la réponse épidémiologique du pays. Si elle ne veut pas savoir, qui le fera ?

Exiger des comptes, exiger des remplaçants

Dans un pays où les moyens manquent, la rigueur humaine et l’engagement devraient au moins être présents. Il est temps d’exiger des comptes. Il est temps de rappeler que certains postes impliquent une exigence morale qui dépasse le confort du silence.

Face à cette déclaration consternante, le ministère de la Santé publique doit réagir. Soit il la désavoue officiellement, soit il cautionne l’indifférence. Il en va de la crédibilité de toute la chaîne de surveillance sanitaire à Madagascar.

Ne pas vouloir savoir, c’est refuser de protéger. Et refuser de protéger, quand on est responsable de la veille sanitaire, c’est trahir sa mission.

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top