Le développement ne tombe pas du ciel
En six mois seulement, Madagascar a importé 367 984 tonnes de riz. C’est déjà plus que le total de toute l’année 2024 (125 251 tonnes). Autrement dit, loin de progresser vers l’autosuffisance, le pays s’enfonce encore davantage dans la dépendance alimentaire.
La Banky Foiben’i Madagasikara affirme que ces importations massives ont permis de stabiliser les prix sur le marché local. Mais derrière cette façade, le constat est inquiétant : en un an, les volumes importés ont bondi de près de 194 %, et la facture est passée de 70,5 à 178,4 millions USD, soit une hausse de 153 %, alors même que le prix mondial du riz a reculé de presque 14 %. Dans la foulée, les importations alimentaires globales du pays ont grimpé de 28,2 %.
Avec une consommation par habitant comprise entre 135 et 153,5 kg par an, la production nationale est largement insuffisante. On nous parle de riz hybride et de l’objectif de faire de Madagascar le premier exportateur africain. Mais comment croire à cette ambition quand nous dépendons toujours plus des cargaisons venues de l’étranger ?
Le développement n’est pas une formule magique. Ce n’est pas en répétant « Madagasikara tsy maintsy mandroso » que le pays avancera. La vérité, c’est qu’au lieu de progresser, nous reculons : la dette s’alourdit, l’autonomie alimentaire s’effondre, et les choix politiques vont souvent à l’encontre de l’intérêt du peuple.
Prenons un exemple concret : rien que pour les 8 km fraîchement inaugurés de soi-disant “autoroute”, qui ne répond en rien aux normes internationales, des milliers d’hectares de rizières ont été sacrifiés. Et ce n’est qu’un début. On détruit notre capacité de production vivrière pour des projets tape-à-l’œil, qui ne servent qu’à nourrir la propagande et les werawera.
Pendant ce temps, les paysans restent abandonnés : routes rurales impraticables, manque d’irrigation, semences de piètre qualité. Pourtant, ce sont eux qui pourraient garantir l’autosuffisance et redonner au pays une vraie indépendance alimentaire.
Le développement exige une vision, de la rigueur et des investissements utiles. Tant que l’on privilégiera le spectacle et les slogans, Madagascar restera prisonnier d’un cercle vicieux : avancer en paroles, mais reculer dans les faits.






