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Le Journal de l'île Rouge
Société

Deux ans de prison pour avoir tué quatre personnes : une justice à revoir d’urgence

La gazette de la grande île
11/09/20253 minute read
À Madagascar, une personne qui prend volontairement le volant en étant ivre est toujours jugée pour « homicide involontaire ». Or, l’acte n’a plus rien d’involontaire. Boire et conduire est un choix. C’est une mise en danger délibérée de soi et surtout des autres. Dans beaucoup de pays, cet acte est assimilé à un homicide volontaire avec circonstances aggravantes, puni de 10, 15 ou 20 ans de prison.

Les faits sont glaçants. En mai dernier, un ressortissant chinois, en état d’ébriété, a provoqué un accident mortel sur le Bypass. Quatre vies fauchées sur le coup : un couple, leur enfant, et un autre individu. Quatre familles brisées à jamais, des enfants orphelins, une épouse veuve.
Le procès s’est tenu la semaine dernière. Verdict : deux ans de prison ferme et une amende d’un million d’ariary. La peine maximale prévue par l’article 319 du Code pénal pour homicide involontaire. Oui, vous avez bien lu : deux ans seulement pour quatre vies perdues.
La Procureure de la République, Narindra Rakotoniaina, a rappelé que la loi est claire : trois mois à deux ans de prison, plus une amende de 200 000 à 6 000 000 Ar. En l’état actuel du droit malgache, le juge ne pouvait aller au-delà. Mais est-ce acceptable ?
Quand la loi protège plus le coupable que les victimes ?
À Madagascar, une personne qui prend volontairement le volant en étant ivre est toujours jugée pour « homicide involontaire ». Or, l’acte n’a plus rien d’involontaire. Boire et conduire est un choix. C’est une mise en danger délibérée de soi et surtout des autres. Dans beaucoup de pays, cet acte est assimilé à un homicide volontaire avec circonstances aggravantes, puni de 10, 15 ou 20 ans de prison.
Ici, deux ans seulement. Le temps de faire ses valises et de ressortir libre, comme si de rien n’était. Pendant ce temps, des enfants grandiront sans leurs parents, des familles porteront leur deuil toute leur vie.
Des députés déconnectés des réalités
Nos députés s’acharnent à débattre de lois dérisoires : légalisation de l’alcool artisanal, prolongement du mandat présidentiel ou autres textes sans intérêt direct pour la population. Mais réformer des lois obsolètes qui coûtent des vies, ça n’entre jamais à l’agenda. Pourquoi ? Parce que cela ne rapporte rien politiquement.
La vérité, c’est que nos lois ne protègent pas la population. Elles ne dissuadent pas. Elles laissent la porte ouverte à la récidive et banalisent des comportements criminels.

Cet accident doit être un électrochoc. La loi doit changer. Conduire en état d’ébriété et causer la mort de quelqu’un doit être requalifié : ce n’est pas un simple accident, c’est un crime. Et un crime doit être puni comme tel.
Deux ans de prison pour quatre morts, c’est une insulte à la mémoire des victimes. C’est une gifle pour leurs familles. Et c’est une menace pour tous les Malgaches qui, chaque jour, empruntent nos routes.
La société civile, les juristes, les familles endeuillées et tous les citoyens doivent se lever et exiger une réforme. Car tant que la loi ne changera pas, d’autres familles pleureront leurs morts… et d’autres coupables s’en tireront avec une peine dérisoire.

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