À deux semaines de l’échéance du 30 septembre, date à laquelle expire l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), Madagascar revient des négociations avec les États-Unis avec un message clair : l’espoir est permis.
Après deux missions diplomatiques en trois mois, la délégation malgache menée par le ministre de l’Industrialisation et du Commerce, David Ralambofiringa, a achevé une semaine de discussions intensives à Washington avec le sentiment du devoir accompli. Selon les propos des membres de la mission, les signaux envoyés par la partie américaine sont positifs, laissant entrevoir une possible extension ou reconduction du régime préférentiel commercial.
Une urgence nationale : éviter la rupture de l’AGOA
La fin de l’AGOA représenterait un risque socio-économique majeur pour Madagascar. Ce dispositif permet aux produits malgaches – en particulier textiles – d’accéder au marché américain sans droits de douane. Des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects sont en jeu, notamment dans les zones franches industrielles.
C’est pourquoi les autorités malgaches ont fait de ce dossier une priorité stratégique. La récente mission à Washington (6 au 13 septembre) a inclus, fait rare, des représentants du secteur privé. Un signal fort envoyé aux États-Unis sur l’unité d’action entre l’État et les opérateurs économiques.
Charles Giblain, du Groupement des Entreprises Franches et Partenaires (GEFP), se montre optimiste : « Même si les négociations n’ont pas été faciles, les choses vont dans un sens positif. »
Même son de cloche chez Kersley Ramdos, directeur de la société Mazava : « Grâce aux efforts réalisés par le secteur public et l’implication du privé, la mission est appelée à aboutir sur une issue positive. »
Valoriser les atouts malgaches dans la diplomatie commerciale
Madagascar ne vient pas les mains vides dans ces discussions. Le pays met en avant une diplomatie économique offensive, notamment en valorisant ses ressources minières stratégiques, très recherchées par les États-Unis.
La présence à Washington du ministre des Mines et des Ressources Stratégiques, Olivier Rakotomalala, n’est pas anodine. Il a plaidé pour une coopération autour des minerais critiques – lithium, graphite, cobalt – qui pourraient jouer un rôle de levier dans les discussions. Une véritable « monnaie d’échange » dans la reconduction de l’AGOA.
Par ailleurs, George Geeraerts, président du Groupement des Exportateurs de Vanille de Madagascar (GEVM) et vice-président du Conseil national de la vanille, a rappelé que l’AGOA ne profite pas uniquement à Madagascar, mais aussi au peuple américain, en permettant aux entreprises américaines d’accéder à des produits compétitifs tout en renforçant les relations économiques avec l’Afrique.
En toile de fond : les tensions mondiales Chine — États-Unis
Pendant que Madagascar négocie son avenir économique à Washington, une autre discussion se tient en parallèle, à Madrid, entre les autorités chinoises et américaines. Ces tensions commerciales persistantes, liées notamment à TikTok et aux droits de douane, montrent à quel point les relations économiques internationales sont fragiles et politisées.
L’arbitraire de certaines décisions américaines – restrictions technologiques, hausse des tarifs douaniers, changement soudain de politique migratoire – a entraîné une instabilité sur les marchés mondiaux. La Chine, en réponse, a diversifié ses partenaires et chaînes d’approvisionnement. Cette dynamique doit servir de leçon pour Madagascar.
Leçon stratégique pour Madagascar : négocier, mais aussi anticiper
Que l’AGOA soit renouvelé ou prolongé, Madagascar doit en tirer des enseignements durables. L’actualité géopolitique montre qu’aucune relation commerciale n’est garantie indéfiniment. Il est donc essentiel de diversifier nos partenaires, de renforcer notre compétitivité, et de développer des industries de transformation locale, moins dépendantes des marchés extérieurs.
Il faut également investir massivement dans la formation professionnelle, afin de répondre aux besoins des secteurs exportateurs. La survie de l’AGOA doit s’accompagner d’une stratégie nationale à long terme, pour que Madagascar reste un acteur économique crédible et attractif sur le plan international.
En résumé :
- Une lueur d’espoir se dessine pour l’extension de l’AGOA, à deux semaines de son expiration.
- Madagascar a plaidé une cause forte à Washington, en misant sur ses ressources stratégiques et l’unité public-privé.
- Les tensions mondiales doivent pousser le pays à anticiper, diversifier ses marchés, et renforcer ses capacités locales.
- La réussite des négociations actuelles ne doit pas masquer le besoin d’une vision économique résiliente et souveraine.





