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Le Journal de l'île Rouge
Société

Madagascar face à ses violences : quand l’État et ses bailleurs oublient ses engagements

La gazette de la grande île
07/10/20254 minute read

En temps de crise politique, la violence devient souvent un outil de domination et de peur. Mais dans un État de droit, aucune crise, si grave soit-elle, ne saurait justifier la brutalité, l’humiliation ou la terreur exercée contre les citoyens. Aujourd’hui, Madagascar doit regarder en face les multiples formes de violences qui traversent sa société et l’incapacité persistante de ses institutions à les endiguer.

Nos violences sont multiformes. Elles s’expriment sous des visages multiples. Elle peut être physique, lorsqu’il s’agit de coups, tortures ou répressions policières. Elle est aussi psychologique, par la peur, l’intimidation, le harcèlement. Elle devient économique, quand la corruption et la pauvreté institutionnalisée privent les citoyens de leurs droits fondamentaux. Et elle se fait institutionnelle, quand Andry Rajoelina lui-même et son harem, censés protéger, deviennent l’auteur et le complice d’abus.

Les violences basées sur le genre, touchant femmes et enfants, demeurent parmi les plus alarmantes, tout comme celles exercées dans les contextes politiques et sociaux, où les manifestants et les défenseurs des droits humains sont spécifiquement ciblés. Les violences frappent d’abord les plus vulnérables. Les enfants, victimes collatérales des crises ou du désintérêt public, subissent l’insécurité et parfois la répression. Les pauvres, privés d’accès à la justice, deviennent les principales victimes d’un système où l’impunité protège les puissants.

Et pourtant, Madagascar est signataire de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, de la Convention relative aux droits de l’enfant en 1989, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes en 197), du Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1966 et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples en 1981. Le pays a également ratifié le Statut de Rome qui institue la Cour Pénale Internationale. Autant d’engagements qui font des actuels barons de l’État, des acteurs responsables sur le plan international, du moins en théorie.

Si la ratification de ces textes est une étape, leur application effective reste le défi majeur. Les mécanismes nationaux de prévention et de suivi sont faibles, mais grassement financés ou sous influence politique. Les institutions censées protéger, ministères sociaux, défenseurs des droits, commissions nationales, agences internationales demeurent trop souvent silencieuses, tandis que les organisations et associations proches du pouvoir sont littéralement inondées de financement sans pour autant rendre compte de l’utilisation de cet argent public. Ce mutisme institutionnel, qu’il soit par peur, par dépendance ou par calcul, alimente un sentiment d’abandon et d’injustice dans la population.

Le contrat social est alors rompu quand nous subissons les inexpliquées et multiples violences des forces de l’ordre. Rien qu’au début de cette récente crise politique, plusieurs témoignages et images ont révélé les actes de violence, souvent gratuites, perpétrés par certaines forces de l’ordre. Qu’il s’agisse de répressions de manifestants, d’arrestations arbitraires ou de violations des libertés, ces pratiques fragilisent davantage la confiance entre l’État et le citoyen. Les conséquences sont profondes : traumatisme collectif, défiance envers les institutions, radicalisation politique, perte de crédibilité de l’État sur la scène internationale. Lorsque la loi devient instrument de peur, la République perd son sens.

Au milieu de ces tensions, le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour la Population) demeure pourtant l’un des principaux bailleurs et partenaires dans la prévention et la réponse aux violences basées sur le genre ou VBG.

Cependant, ces efforts restent limités sans une volonté politique nationale forte. Le FNUAP ne peut pas se substituer à l’État. Il ne peut que l’accompagner, soutenir, alerter, mais non remplacer la responsabilité souveraine de rendre transparent la gestion des financements du FNUAP et de protéger ses citoyens.

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