Depuis plusieurs semaines, nous traversons une phase critique de notre histoire politique.
La jeunesse malagasy incarnée par la « Gen-Z » et citoyens se lèvent, pacifiquement, pour dénoncer la corruption, les inégalités et la confiscation du pouvoir. En retour, ils font face à une répression violente, marquée par des arrestations arbitraires, des blessés, et parfois des morts. Le pays, jadis terre d’harmonie et de « fihavanana », semble s’enfoncer dans une logique de peur et de confrontation, renforcée par les nominations récentes de bras armées et répressives du Régime actuel.
La Constitution Malagasy garantit le droit à la liberté d’expression et de manifestation pacifique. Pourtant, ces droits sont aujourd’hui fragilisés par l’usage disproportionné de la force publique. Or, selon l’Article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par Madagascar en 1976, « le droit de réunion pacifique est reconnu » et « ne peut faire l’objet que des seules restrictions nécessaires dans une société démocratique ». De même, l’Article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 consacre le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de la personne. Chaque blessé, chaque mort, chaque exaction commise contre un civil constitue donc une violation directe de ces principes fondamentaux.
Le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, ratifié par Madagascar le 18 février 2008, établit la responsabilité individuelle des auteurs de crimes contre des civils. En son Article 7, le Statut définit comme crime contre l’humanité le meurtre, la persécution ou toute attaque systématique contre une population civile. En son Article 25, il engage la responsabilité des exécutants, mais aussi des donneurs d’ordre et des complices. Son Article 28 précise la responsabilité des supérieurs hiérarchiques qui savaient ou auraient dû savoir que leurs subordonnés commettaient des crimes et n’ont rien fait pour les prévenir. En d’autres termes, nul ne peut se retrancher derrière un ordre politique ou militaire pour justifier un acte contraire au droit international. Les faits de répression massive et de violences délibérées contre des manifestants pacifiques peuvent être documentés, poursuivis et jugés, y compris par des juridictions internationales.
Face à la gravité des événements, la réaction des institutions internationales et régionales reste timide, reflétant une complicité morale. Les appels à la retenue ne suffisent plus, l’inaction devient une forme de caution morale. Le principe de la Responsabilité de Protéger « R2P », adopté par les Nations unies en 2005, impose pourtant aux États et à la communauté internationale le devoir d’intervenir lorsqu’un gouvernement ne protège plus sa population et en devient le persécuteur. Regarder sans agir, c’est abandonner le peuple Malagasy à son sort et renier les fondements mêmes du droit international humanitaire.
Le sang innocent versé sur la terre des ancêtres laisse une empreinte que ni la puissance ni l’argent ne peuvent effacer. Nos aïeux nous enseignaient que verser le sang pour protéger un intérêt personnel ou politique attire la malédiction de la désunion et de la stérilité du pays. Mais le “rà latsaka tsy maty” ou le sang versé ne meurt jamais. Andry Rajoelina, l’adepte des croyances et pouvoirs ancestraux et terrestres, le défenseur de son propre trône par la violence, condamne la nation à la déchéance morale.
L’heure n’est plus à la peur ni à la vengeance, mais à la refondation morale et démocratique. Le peuple malagasy n’aspire pas à la guerre, mais à la justice. Il réclame la vérité sur les abus, la fin de l’impunité, et le respect de sa dignité. Tant que le sang des innocents criera depuis la terre Rouge, aucun pouvoir ne pourra se dire légitime. Et tant que les citoyens croiront encore à la justice, Madagascar gardera l’espoir d’une renaissance.





