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Le Journal de l'île Rouge
Politique

COMMUNIQUÉ DE CRISE OU DERNIER SOUFFLE D’UN RÉGIME MAFIEUX ?

La gazette de la grande île
12/10/20254 minute read

La Présidence dénonce une “tentative de prise de pouvoir illégale”, mais le peuple s’interroge : qui tente réellement de s’accrocher au pouvoir ? Antananarivo, 12 octobre 2025. Le communiqué officiel de la Présidence, diffusé en urgence, confirme une chose que le pouvoir tremble. Sous des formules convenues et un ton de fermeté apparente, la présidence reconnaît implicitement qu’un mouvement interne de rupture est en cours, que ce soit militaire, institutionnel ou civil.

Derrière les phrases calibrées de la “Direction de la Communication”, on perçoit une nervosité inhabituelle : “Une tentative de prise de pouvoir illégale et contraire à la Constitution est actuellement en cours sur le territoire national.” Une phrase qui sonne comme une alerte rouge, mais dont le contenu laisse place à bien des interprétations. Dans un contexte où la confiance entre le peuple et ses dirigeants s’est profondément érodée, la question de la légalité devient secondaire face à celle de la légitimité morale et citoyenne. Le palais parle de légalité, le peuple pense légitimité. Le régime en place, accusé depuis des mois de dérives autoritaires, de corruption systémique et d’appauvrissement du pays, brandit aujourd’hui la Constitution comme un bouclier. Mais qui, dans les faits, a le plus violé cet esprit constitutionnel ? Le pouvoir contesté, ou les forces qui réclament un sursaut républicain ? La réponse dépend du camp où l’on se place. Mais sur le terrain, un fait demeure : le pays est au bord de la rupture institutionnelle.

En exprimant ses condoléances aux victimes “des événements tragiques”, la Présidence admet tacitement l’existence de violences et de pertes humaines, sans en préciser la cause ni la responsabilité. Un communiqué est écrit pour rassurer… mais inquiète. Cette formulation prudente révèle une gestion chaotique du terrain et une crise de commandement entre les forces de sécurité, dont certaines auraient déjà basculé dans la neutralité, voire dans la dissidence.

Le passage appelant les “forces vives de la Nation à faire bloc pour défendre l’ordre constitutionnel” trahit un autre aveu, le pouvoir cherche désespérément à rallier ce qui lui échappe encore. Or, dans les faits, la plupart des corps intermédiaires, syndicats, société civile, militaires, fonction publique, se montrent aujourd’hui divisés, voire hostiles au statu quo.

“La seule voie est le dialogue”, affirme le texte. Est-ce la dernière carte d’un régime acculé ? Un message noble, mais paradoxal venant d’un pouvoir accusé d’avoir muselé l’opposition, verrouillé les institutions et étouffé la presse. Ce soudain appel au dialogue sonne moins comme un geste d’ouverture que comme une manœuvre de temporisation, le temps de regrouper les derniers soutiens au palais d’Iavoloha. Dans un contexte où les rumeurs de fuite de certains dignitaires se multiplient, le communiqué ressemble davantage à une déclaration de survie qu’à un appel à la paix civile.

Nous ne remarquons aucun nom, aucune signature présidentielle sur le communiqué. Le document émane simplement de “La Direction de la Communication”. Ce détail, anodin en apparence, soulève une question cruciale : le Président est-il encore en contrôle de la situation ? Ou bien s’agit-il d’un communiqué rédigé par un cabinet fantôme pour donner l’illusion d’un pouvoir encore en place ? L’absence du sceau personnel du Chef de l’État dans une situation de crise majeure est un signe de vacance politique de fait.

À vouloir tout contrôler, le régime a fini par perdre le contrôle. À vouloir parler au nom du peuple, il s’est coupé de lui. Et à vouloir garder le pouvoir par la communication, il en a perdu la crédibilité. Ce communiqué n’est pas seulement une réaction, c’est le constat d’un pouvoir qui s’effrite, et qui tente encore de sauver la façade démocratique d’un édifice déjà fissuré. L’histoire retiendra que, ce 12 octobre 2025, la République parlait au conditionnel… pendant que le pays, lui, vivait au bord de la transition.

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