Dans le petit monde des communes malgaches, il est un secret bien gardé : les biens commerciaux et les marchés communaux sont devenus, au fil du temps, les vaches à lait de certaines équipes municipales. Ces espaces, censés générer des recettes publiques pour l’entretien des infrastructures locales, se transforment trop souvent en caisse parallèle, alimentée par les loyers des commerçants, encaissés à la main, rarement enregistrés, et encore plus rarement reversés au Trésor.
Pourtant, la nomenclature budgétaire nationale est claire comme de l’eau de roche : les recettes issues des locations de box, kiosques et bâtiments communaux doivent figurer au Chapitre 70, Article 703, Paragraphe 703-01 du compte administratif, sous l’intitulé officiel “Location des box, marchés, kiosques et immeubles communaux.”. Autrement dit, chaque Ariary perçu par la commune à travers la location d’un box doit transiter par la Trésorerie Principale Intercommunale (TPIC), appuyée d’une quittance officielle et dûment inscrite dans le compte administratif annuel.
Mais dans la pratique, combien de maires s’y conforment ? Combien de “comités de marché” encaissent directement les loyers sans passer par la caisse communale ? Combien de locataires paient deux fois : une fois au Trésor, une autre fois sous la table ? Le citoyen, lui, ne voit pas la différence : les routes restent trouées, les marchés insalubres, et les lampadaires de la place publique demeurent hors service. Là où la loi voit une recette domaniale, certains élus voient une rente personnelle. Et quand le Conseil Communal ose réclamer des comptes, on lui rappelle que “le maire, c’est le patron”. Mais la République, elle, ne connaît qu’une seule vérité budgétaire : tout loyer communal non enregistré au Chapitre 703 est un manque à gagner pour le peuple et un acte de gestion de fait.
Des Conseillers Communaux de la Commune Rurale d’Ivato interpellent face au changement et au cap de la Refondation. Lorsque le Maire d’Ivato et toute son équipe s’égarent dans les eaux troubles de la malversation, la loi offre au Conseil Communal une chaîne de recours hiérarchisée. Premier maillon, le Conseil lui-même : il a maintes fois, par délibération officielle, interpeller le maire et exiger des comptes. Les réponses tardent et sentent la manœuvre dilatoire par la pression, intimidation et menaces à peine voilée, exécrées par l’exécutif dont le Responsable Financier, sous couvert du bureau du Secrétariat Général. Malgré les voies légales permises par la Loi, les plaintes ont grimpé les échelons : le Chef de District, la Région, l’Inspection Générale de l’État et le Ministère de l’Intérieur. Ces entités ont dû ordonner une enquête administrative ou suspendre le maire à titre conservatoire, mais la couleur « orangée » du système a rendu lettre morte toutes ces démarches. Sous la pression et l’intimidation, les Conseillers Communaux se sont résignés, car en face, c’est tout un pan de mur bétonné qui se dresse contre eux, celui de la mafia aux couleurs orange. Ils font appel au nouveau régime qui ose incarner la lutte contre la corruption et l’impunité. La voie judiciaire existe pour assainir cette mafia : le BIANCO, le Pôle Anti-Corruption (PAC). Le mandat du maire ne doit plus l’immuniser contre la justice. Cette chaîne de contrôle, bien qu’imposante sur le papier, souffre souvent du poids de l’influence politique et du silence complice. Pourtant, chaque conseiller communal, chaque citoyen, peut enclencher la mécanique. Le contrôle local n’est pas une faveur, c’est un devoir républicain. Exiger la transparence sur les loyers, demander le relevé de la TPIC, vérifier les quittances, et dénoncer les encaissements parallèles. C’est là que commence la véritable décentralisation : quand les citoyens et leurs élus contrôlent chaque Ariary qui entre dans la caisse de leur commune.
Le maire, élu sous la bannière du TIM Madagascar lors de son premier mandat, n’a pas tardé à changer de plumage. De l’oiseau politique prometteur, il s’est mué en rapace vorace, se recroquevillant sous les ailes des prédateurs de la mafia locale, qui ont tous pris leurs envolées de repli depuis. La corruption se niche aussi dans un simple box de marché, là où la République se vend au comptant et sans reçu.





