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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Gel des avoirs illicites : la justice doit frapper là où ça fait mal

La gazette de la grande île
20/10/20254 minute read

Le mandat d’arrêt international contre Mamy Ravatomanga, tombé comme une onde de choc dans un pays encore groggy de sa crise politique, et le gel de ses avoirs par l’Ile Maurice, ouvrent désormais une autre bataille : celle du gel des avoirs illicites de tous les acteurs politiques et économiques qui ont été dans la même barque. Car un mandat sans gel, c’est comme une clé sans serrure. Et la justice malgache le sait : si elle veut prouver sa sincérité, elle devra frapper au portefeuille.

Le gel des avoirs n’est pas une vengeance d’État, c’est une arme de souveraineté. C’est la manière la plus directe de dire que l’argent du peuple ne servira plus à financer le luxe de ceux qui l’ont volé. Mais encore faut-il que cette volonté politique existe. Les textes sont là : le Pôle Anti-Corruption, le BIANCO, le SAMFIN, le Code pénal et même la loi 2018-043 sur le blanchiment de capitaux offrent à la justice tous les leviers nécessaires. Ce qu’il manque, souvent, ce n’est ni la loi ni le savoir-faire. C’est le courage d’actionner la machine face à des puissances financières qui, depuis des années, dictent leur tempo à la République. Quand la justice veut, elle peut

Geler les avoirs, c’est geler l’influence. C’est paralyser la main invisible de l’argent qui manipule les campagnes de déstabilisation, les hauts gradés des forces qui sont encore actifs, les nombreux hauts emplois de l’état et fonctionnaires placés dans les postes sensibles de notre administration, les nouvelles nominations et les consciences. C’est dire à haute voix que la fortune bâtie sur les marchés truqués, les appels d’offres bidon et les trafics d’influence ne passera plus sous silence. Le gel est la première vraie preuve de courage institutionnel

Mais ce gel ne doit pas se limiter à un nom, fût-il Ravatomanga. Il doit devenir un réflexe d’État contre tous ceux qui ont fait main basse sur les caisses publiques dont la CNaPS, les terres de l’État avec ses complices au sein du ministère de l’aménagement du territoire, les entreprises nationales et les ressources naturelles du pays. Reste la question cruciale : comment geler des avoirs planqués à Madagascar et surtout à l’étranger ? Madagascar n’est pas sans armes. Les accords d’entraide judiciaire, les canaux INTERPOL, les réseaux de récupération d’avoir (ARIN), ou même la Convention des Nations unies contre la corruption (UNCAC) sont autant d’outils déjà signés et ratifiés. La clé du verrou international la Diplomatie et la volonté. Mais rien ne sert d’avoir des textes si la diplomatie reste timide. Il faut exiger, non supplier, l’exécution des mesures auprès des États partenaires. Et pour cela, une seule condition : présenter un dossier solide et sincère, détaché de toute instrumentalisation politique.

Le peuple malgache, lui, observe. Il sait que derrière chaque grand nom du business politique se cache un réseau d’alliances, de comptes codés, de sociétés écrans et de valises d’argent. Il sait aussi que la justice a souvent ralenti quand il fallait accélérer. Le gel des avoirs illicites sera donc plus qu’un acte juridique : ce sera un acte moral, un test de vérité. Car dans un pays où la pauvreté avance au même rythme que la corruption, rendre l’argent volé à la Nation serait le plus bel acte d’apaisement et mettre la justice face à son miroir

Le peuple attend les autres pas. Il attend que la justice malgache prouve qu’elle n’est plus la servante du pouvoir, mais la gardienne du droit. Et il espère, cette fois sans illusion, mais avec détermination, que les mandats d’arrêt ne s’arrêteront pas aux portes du palais et que le gel des avoirs illicites marquera enfin la fin de l’impunité mafieuse qui ronge la République. Parce qu’à Madagascar, la vraie révolution ne viendra pas des armes, mais du gel du compte en banque de ceux qui ont volé la nation.

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