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Le Journal de l'île Rouge
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Des députés Européens s’engagent pour la protection des forêts malagasy

La gazette de la grande île
24/01/20258 minute read

35 députés européens venant de 14 pays (Italie, Allemagne, Pays Bas, Autriche, Danemark, Grèce, Finlande, Belgique, Pologne, Luxembourg, Slovaquie, France, Espagne, Slovénie) ont adressé, fin décembre 2024, une lettre à la Directrice Générale du FMI Kristalina Georgieva.
Ils estiment que le programme FEC/FRD risque d’aller à l’encontre des objectifs de Résilience et Durabilité Climatique soutenus ce type de financement.
Dans leur ligne de mire, figurent notamment les projets d’autoroute Tana/Toamasina et la fameuse Route du Soleil annoncée par Rajoelina SAFIOTRA.

Lors de la COP 29 en novembre 2024, 60 organisations de la Société Civile avaient alerté la Communauté Internationale dans un communiqué intitulé « Le FMI met en péril les forêts vitales de Madagascar« . Ils visaient notamment les deux projets « l’autoroute Tana/Toamasina et la Route du Soleil ». Le journal de l’île Rouge avait consacré un article sur ce sujet https://lgdi-madagascar.com/2024/11/21/la-une/lautoroute-de-rajoelina-safiotra-critique-au-cop-29/ ou bien https://www.facebook.com/share/p/1BQ9THDTKq/ . Le lecteur pourra y lire la totalité du communiqué de la Société Civile Malagasy.

Rajoelina SAFIOTRA n’en a cure et il a confirmé sa volonté de continuer les travaux de l’autoroute Tana/Toamasina ainsi que sa Route du Soleil, lors de son discours de fin d’année à la population.
 

Rajoelina SAFIOTRA dans son accoutrement digne d’un Homme d’Eglise

Rajoelina SAFIOTRA néglige la contribution des membres de la Société Civile et tente même de les bâillonner. Le lecteur se rappellera la convocation en Novembre 2022 par la police de Ketakandriana Rafitoson de Transparency International, à la suite d’une plainte du groupement des exportateurs de litchis (Pas touche ! Mamy Ravatomanga fait partie de ceux de la République bénéficiant de l’impunité). Comme le disait la directrice régionale pour l’Afrique Australe d’Amnesty International «  Ketakandriana Rafitoson n’a rien fait d’autre qu’accomplir son travail, en rendant publiques des allégations sérieuses de corruption, de fraude et de blanchiment d’argent… La convocation et l’interrogatoire de Ketakandriana Rafitoson ont clairement pour objectif d’envoyer un message dissuasif et d’intimider les défenseurs des droits humains à Madagascar« . N’oublions pas les cas d’autres lanceurs d’alerte comme notre PDG Lola Rasoamaharo, Mickaelys Kamy Ndiamahazo, Ravo Ramasoamanana, Raleva ou Clovis Razafimalala, pour ne citer que ces derniers.

Lola Rasoamaharo                   Kamy Ravo                                   Rasoamanana

Il est dommage que Rajoelina SAFIOTRA ne profite pas des avis de ces lanceurs d’alerte pour améliorer sa gouvernance, et que ces derniers soient obligés d’alerter l’opinion internationale pour tenter de se faire entendre.   

Vous pouvez lire ci-dessous une traduction libre de la lettre citée au début de cet article.

« Chère Kristina Georgieva, Directrice Générale du FMI

Objet : Appel urgent à protéger les forêts primaires de Madagascar : Le programme FEC/FRD résilience climatique du FMI favorise un Projet Routier Dévastateur

Nous, soussignés, membres du Parlement européen, vous écrivons pour exprimer notre inquiétude urgente concernant le Fonds pour la résilience et la durabilité (RSF) du Fonds monétaire international (FMI), qui finance Madagascar. Ce programme de 321 millions de dollars, bien que destiné à renforcer la résilience climatique, risque plutôt de permettre la réalisation de projets d’infrastructures – en particulier deux routes – qui menacent les dernières forêts primaires de Madagascar. Cela mettrait en danger la disponibilité de l’eau, la production alimentaire, la sécurité énergétique et les moyens de subsistance, compromettant directement la résilience que ce financement est supposé viser à soutenir.

Les forêts de Madagascar : essentielles à la survie

Les forêts de Madagascar constituent l’épine dorsale des systèmes hydriques, agricoles et énergétiques du pays, ainsi que sa biodiversité d’importance mondiale. Ils servent de bassins réservoirs critiques, amortissant les impacts des cyclones de plus en plus violents, et stabilisant les problèmes climatiques de la Région.

. Disponibilité de l’eau et hydroélectricité : le Corridor Ankeniheny-Zahamena (CAZ) fournit de l’eau à la rivière Vohitra, qui alimente la centrale hydroélectrique d’Andekaleka—la principale source d’énergie électrique d’Antananarivo. Rien que cette année, les pénuries d’eau liées à la déforestation et au changement climatique ont provoqué de fréquents délestages d’électricité dans la capitale, et ont perturbé gravement la vie quotidienne et les activités économiques.

  • Production de riz : le corridor CAZ alimente également en eau le bassin versant du lac Alaotra, la plus grande région rizicole de Madagascar, essentielle à la sécurité alimentaire nationale. Endommager ces bassins versants réduirait directement la production agricole, exacerbant ainsi l’insécurité alimentaire dans un pays où 80,7% de la population vit déjà dans la pauvreté.
  • Tourisme : les forêts abritent une faune unique, comme l’INDRI, un espèce en danger critique d’extinction. Ce sont les principaux moteurs de l’industrie de l’écotourisme à Madagascar. La destruction de leurs habitats naturels décimerait cette source de revenus clé.

Les impacts dévastateurs des projets routiers

L’autoroute Antananarivo-Toamasina et la « Route du Soleil » récemment annoncée causent de graves risques environnementaux:

  • L’autoroute Antananarivo-Toamasina traversera deux zones protégées, Anjozorobe, Angavo et le corridor CAZ, qui abritent ensemble plus de 10 % forêts primaires restantes de Madagascar.
  • La « Route du Soleil » annoncée risque de fragmenter le Parc Naturel de Makira, un hotspot de biodiversité et un réservoir d’eau critique.

Une étude historique réalisée par Laurance et al. (Science, 2001) révèle que la construction de routes dans les forêts tropicales amène une déforestation et la dégradation jusqu’à 95 % des forêts environnantes situées dans un périmètre de 50 kilomètres. Une telle déforestation entraînerait des dommages irréversibles, tels qu’une augmentation des activités illégales d’exploitation forestière, de la culture sur brûlis et d’exploitation minière.

Incohérence avec les priorités du FMI

La priorité numéro quatre du RSF affirme explicitement la nécessité de « Renforcer la protection des forêts et la biodiversité ». Cependant, les conditionnalités actuelles liées à ce financement ne parviennent pas à atteindre cet objectif crucial. Il n’y a aucune garantie en place pour empêcher la construction de routes qui décimeront des zones protégées, compromettant ainsi l’objectif même du financement de la résilience climatique.

En outre, les groupes de la société civile malgache ayant une expertise dans les questions environnementales étaient en grande partie exclus des consultations lors de la conception du RSF. Ce manque d’engagement local a conduit à des conditionnalités qui ne répondent pas aux menaces critiques, laissant les forêts vulnérables à des catastrophes de destruction à grande échelle.

Une fois les faibles conditionnalités remplies et l’argent transféré au trésor malgache, il n’existe actuellement aucun mécanisme en place pour garantir qu’il ne financera pas directement ces routes destructrices de forêts. Nous considérons cette possibilité comme extrêmement alarmante.

Le rôle de l’UE dans le financement du FMI

Étant donné que les États membres de l’UE représentent collectivement environ 31 % des quotes-parts du FMI, on estime qu’environ 100 millions de dollars du financement RSF (FEC/FRD) proviennent de contributions de l’UE. Cette participation substantielle impose une responsabilité partagée aux pays de l’UE pour garantir que le financement du FMI soit aligné avec les principes de durabilité environnementale et sociale.

Recommandations

Afin de sauvegarder la résilience climatique de Madagascar et garantir que le financement du FMI atteigne les objectifs visés, nous exhortons le FMI à :

  1. Renforcer les conditionnalités : Renégocier les conditionnalités du RSF (FEC/FRD) pour garantir que l’argent soit uniquement transféré une fois qu’il y aura un engagement formel selon lequel les aires protégées ne seront pas affectées par les projets routiers.
  2. Introduire une garantie sur l’utilisation des fonds : interdire explicitement l’utilisation des fonds
    pour des projets qui menacent les forêts protégées et la biodiversité.
  3. Engager les parties prenantes locales : Mener des consultations approfondies et systématiques avec la Société Civile Malagasy et les experts en environnement pour assurer la transparence et l’efficacité du suivi des projets financés.
  4. Promouvoir des alternatives durables : Encourager les investissements dans des solutions durables, comme une modernisation approfondie des chemins de fer existants, qui s’alignent sur objectifs de résilience climatique et de conservation des forêts.

Conclusion

Les forêts de Madagascar ne sont pas seulement des trésors écologiques ; ce sont des bouées de sauvetage pour l’eau, la nourriture, l’énergie, et le tourisme. Sans elles, la résilience du pays s’effondre. Nous exhortons le FMI à veiller à ce que le financement FEC/FRD soutienne le développement durable, plutôt que de permettre la destruction des écosystèmes critiques.

Nous sommes prêts à engager un dialogue plus approfondi pour répondre à ces préoccupations urgentes pour la sauvegarde de l ’avenir de Madagascar ».

Route du Soleil

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