Skip to content
Le Journal de l'île Rouge
Politique

Radomelina à la tête de la SADC : Une incohérence démocratique

La gazette de la grande île
03/02/20254 minute read

L’accession de Radomelina à la présidence tournante de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) suscite de vives interrogations sur la crédibilité des institutions africaines et internationales. Ancien putschiste en 2009, écarté temporairement de la scène politique par l’Union africaine et boycotté par la SADC elle-même à l’époque, son ascension au sein de cette organisation régionale illustre les paradoxes et les contradictions qui gangrènent la gouvernance africaine.

Un passé controversé

Radomelina est arrivé au pouvoir à Madagascar à la suite d’un coup d’État en 2009, provoquant la suspension de Madagascar des instances internationales telles que l’Union africaine et la SADC. Son retour au pouvoir en 2018, à la suite d’élections contestées, n’a pas mis fin aux doutes sur sa gestion du pays, marquée par des atteintes aux principes démocratiques et à l’État de droit.

Plus troublant encore, en 2014, il a renoncé à sa nationalité malagasy pour obtenir la nationalité française (par naturalisation), soulevant une question légitime : comment peut-il présider une organisation régionale alors que son lien avec son propre pays est juridiquement remis en question ?

La SADC : Une institution affaiblie

La SADC se veut un rempart contre l’instabilité politique et une promotrice de la bonne gouvernance en Afrique australe. Cependant, l’accession d’Andry Radomelina à sa présidence ternit cette image. Comment une institution qui l’a autrefois condamné pour ses actions peut-elle aujourd’hui lui offrir un tel poste de responsabilité ?

Cette contradiction illustre une tendance plus large en Afrique : des organisations régionales affaiblies par des jeux d’influence et un manque de volonté politique pour imposer des règles strictes en matière de démocratie et de bonne gouvernance. La situation rappelle la faiblesse actuelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), incapable de prévenir les coups d’État ou de faire respecter les principes démocratiques.

La corruption intellectuelle et l’affaiblissement des institutions

Derrière cette situation se cache une véritable corruption intellectuelle où les intérêts mafio-politico-économiques prennent le pas sur les principes fondamentaux de gouvernance. La démocratie et les droits humains sont souvent relégués au second plan, les grandes institutions internationales préférant maintenir un statu quo qui leur est profitable.

L’ascension de Radomelina au sein de la SADC est le symbole d’un continent où les leaders politiques, même controversés, parviennent à se maintenir grâce à des réseaux d’influence et des alliances opportunistes. Cela envoie un signal néfaste aux peuples africains qui aspirent à une véritable démocratie.

Analyse de Tahina Randrianarisolo

« Comment un homme sans qualité dirige-t-il la SADC ? Certes, c’est une présidence tournante, mais il existe des critères à respecter ! Un ex-putschiste en 2009, banni par l’UA, boycotté par la SADC, ayant perdu sa nationalité malagasy en 2014 au profit de la nationalité française… Aujourd’hui, il est à la fois juge et partie au sein de cette entité des Nations unies. Ce n’est pas seulement l’Union africaine qui doit être interpellée, mais aussi les Nations unies ! Les conflits en Afrique de l’Ouest montrent une CEDEAO affaiblie face aux putschistes. La corruption intellectuelle au sein des grandes entités internationales favorise des intérêts mafio-politico-économiques, affaiblissant les pays déjà fragiles. »

Une alerte pour la gouvernance africaine

L’accession d’Andry Radomelina à la présidence de la SADC devrait inciter à une réflexion profonde sur l’efficacité des institutions africaines et internationales. Si ces organisations ne sont pas en mesure de faire respecter leurs propres principes, alors leur rôle et leur crédibilité sont remis en cause.

Mon analyse rejoint en grande partie celle de Tahina Randrianarisolo : il est urgent que la gouvernance africaine repose sur des principes de cohérence et d’intégrité. Si des institutions comme la SADC ou la CEDEAO ne parviennent pas à être fermes face aux dirigeants controversés, elles risquent de perdre toute légitimité aux yeux des populations. Il est essentiel que la société civile et les citoyens africains restent mobilisés pour exiger plus de transparence et de rigueur dans la gestion des affaires publiques.

Partager cette article
Articles connexes
Back To Top