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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Jeu, set et match ! Échec diplomatique

La gazette de la grande île
18/02/202510 minute read

Cette expression familière aux férus de la petite balle jaune après une balle de match transformée signifie la fin du suspense. A l’issue du tournoi, il n’y a plus qu’un gagnant.

Pour les amoureux du football, combien de matchs ont été gagnés dans les dernières secondes, juste avant le coup de sifflet final. Et c’est cette image qu’avait exhibée sur sa page facebook Patrick Rajoelina alias LLNBV, comme si le candidat malagasy outsider allait maintenir le suspense jusqu’au bout. Il avait raison sur un point, il n’y a pas eu besoin de prolongation !

Dès le 1er tour, il paraissait clair que notre « champion » allait mordre la poussière, étant arrivé dernier loin derrière les deux autres candidats. Il n’avait recueilli que 10 voix, ne faisant même pas le plein des voix des 16 pays de la SADC.

Erreur de casting ?

Est-ce à cause d’une erreur de casting ? Parce que notre champion est un ancien ministre des affaires étrangères dévalué, car limogé à cause d’un vote fortement médiatisé à l’ONU ? On ne va pas faire de la politique fiction, en nous demandant ce qui se serait passé avec un autre candidat.
Il est vrai que le président Rajaonarimampianina, candidat putatif, avait commis l’erreur de s’être présenté contre Rajoelina le Vaniteux aux dernières présidentielles, ce que ne lui a jamais pardonné le grand ego de ce dernier . Celui qui n’a pas la hauteur de vue qui aurait fait passer l’intérêt national au-dessus d’une jalousie mesquine.
Certes, le président Rajaonarimampianina avait aussi une certaine part « d’irresponsabilité » et avait fait une erreur d’analyse, en se présentant à ces dernières présidentielles ? Déjà en 2018, il s’était présenté en tant que président sortant avec tous les moyens, et n’avait recueilli qu’environ 9% des voix. Après cet échec, il est allé s’expatrier en France et n’a pas pu développer sa « base politique ».
Pensait-il avoir une chance, même infime, de franchir le 1er tour ? Il n’avait réussi qu’à attiser l’animosité de Rajoelina le Vaniteux à son égard.
Mais surtout, ce dernier n’avait-il pas snobé le Sommet crucial conjoint SADC/EAC concernant la crise RDC/M23/RWANDA, préférant aller assister en Suisse à la remise à son fils d’un certificat de fin d’études. Erreur stratégique monumentale à la veille des élections du président de la Commission de l’Union Africaine.
Enfin, le siège d’ambassadeur à l’Union Africaine est vacant depuis plusieurs années. 
Doit-on dès lors s’étonner que le champion malagasy n’ait même pas fait le plein des voix des 16 pays de la SADC, et ait été mis KO debout dès le 1er round ? Certes face à un certain Mahamoud Ali !

Bref, ce weekend fut une bérézina diplomatique pour Rajoelina le Vaniteux, contrairement a ce qu’affiche depuis août 2024 la page du ministère des affaires étrangères « Les récentes victoires diplomatiques de Madagascar » : https://www.diplomatie.gov.mg/index.php/actualites1/930-2024-08-26-07-01-00 .
Madagascar intègre la Troïka de la SADC : Un premier pour le pays
-Antananarivo accueillera le prochain sommet de la COI
-Madagascar élu Vice-président de la 79ème Assemblée Générale des Nations Unies pour un an
-Madagascar participera au prochain Sommet FOCAC
-la MAE sera à la réunion ministérielle de la TICAD

Quelles belles victoires diplomatiques effectivement !

Madagascar ostracisée par les Africains ?

Est-ce Madagascar qui est ostracisée par les Africains, pour avoir souvent souligné que les Malagasy ne sont pas uniquement Africains, mais ont également une origine asiatique ?
Les ancêtres de l’Union Africaine ne s’appelaient-il pas l’UAM (Union Africaine et Malgache), puis l’UAMCE (Union Africaine et Malgache de Coopération Economique), ensuite l’OCAM (Organisation Commune Africaine et Malgache). Comme si Madagascar voulait absolument se singulariser !

Non ! Ce n’est pas Madagascar qui est ostracisée par les Africains.
N’oubliez pas que qu’Ahmad Ahmad avait été élu en mars 2017 président de la CAF, face au supposé indéboulonnable camerounais Issa Hayatou qui avait régné sur le football africain pendant près de 30 ans. Une performance !
Il avait été alors accueilli en héros à Madagascar, et pour preuve la banderole qui couronnait la table d’honneur « Ahmad, fierté des Malgaches« . Le président Rajaonarimampianina l’avait même élevé au grade de Grand Officier de l’Ordre National.

Siteny Randrianasoloniaiko avait été élu en mai 2021, par 42 voix contre 9, président de l’UAJ (Union Africaine de Judo). Le régime Rajoelina, à l’instar de son ministre des sports de l’époque Tinoka Roberto au faux diplôme, l’avait complètement ignoré.
Encore heureux que sa ville natale l’ait accueilli triomphalement, en présence de personnalités comme Christine Razanamahasoa, le professeur Raymond Ranjeva qui avaient fait le déplacement à Toliara.

Rebelote ! Siteny vient d’être réélu triomphalement mi-janvier 2025, à l’unanimité cette fois, pour un second mandat à la tête de l’UAJ. Son retour à Madagascar était passé presqu’inaperçu !
La jalousie de l’autre 6ème dan sur papier?

Deux preuves que le fait d’être Malagasy n’est nullement un handicap au niveau africain. La défaite de ce weekend n’est imputable qu’à Rajoelina le Vaniteux. Ou des deux Rajoelina comme l’écrit notre confrère en ligne Madagascar Tribune, sous la plume acerbe d’Ikala Paingotra qui n’est plus à présenter à nos lecteurs : https://www.madagascar-tribune.com/UA-echec-du-candidat-des-Rajoelina.html . Rajoelina le Vaniteux a du chemin à parcourir pour apprendre le B A BA de la diplomatie. Ne même pas avoir d’ambassadeur à l’Union Africaine, à l’ONU ou même au 1er pays donateur le Japon ! Inavouable !

Pour lui, il n’y a pas de problèmes qu’une absence de solution ne finisse par résoudre.

« UA : échec du candidat des Rajoelina

Ikala Paingotra

Andry Rajoelina doit regretter amèrement que l’élection du Président de la Commission de l’Union africaine (UA) n’ait pas été organisée par la Ceni , la HCC, ou les instances de karaté qui donnent des 6ème dan mora. Ou encore que le collège électoral de l’UA n’ait pas été composé des lecteurs de cet obscur African Leadership Magazine, inconnu au bataillon des grandes publications sérieuses à l’échelle régionale et qui a catapulté le chef de l’État malgache « leader politique africain de l’année ». Un leader politique africain de l’année qui a échoué à convaincre ses pairs de choisir son candidat face à Mahamad Ali Youssouf, présenté par un pays de 23.200 kilomètres carrés et d’un million d’habitants.

Dans des circonstances normales, un Malgache ne devrait pas se réjouir de la défaite de son pays, quel que soit le domaine. Mais nous ne sommes pas dans des circonstances normales. Les dirigeants malgaches actuels bafouent systématiquement les valeurs de la démocratie et de la bonne gouvernance, et aiment à jouer aux impunis sans limites à l’intérieur de leurs frontières, même en matière de mégalomanie. C’est pour cela qu’on ne peut qu’apprécier quand la scène internationale vient rappeler à Andry Rajoelina qu’en-dehors de ses frontières, il n’est plus au pays d’Alice et de ses merveilles. L’affaire Romy Voos illustre ce qui se passe quand de vrais magistrats agissent au nom de la Loi et non du coup de téléphone ou de l’enveloppe qu’ils reçoivent pour orienter leurs verdicts. La défaite malgache à l’élection du président de l’UA montre ce qui se passe quand un processus électoral n’est pas vermoulu par des manipulations honteuses.

L’accession de Rajoelina à la tête de la SADC lui a fait croire, à tort, qu’il avait acquis une stature régionale. De toutes façons, toutes les critiques qu’il avait émises en 2009-2013 contre l’UA et la SADC qui refusaient d’adouber son coup d’État restent vivaces dans les souvenirs des diplomates africains. La SADC a joué l’amnésie en lui offrant d’occuper la présidence de la troïka en août prochain. Toutefois, cette amnésie est partielle : alors que la SADC compte 16 États membres, Richard Randriamandrato n’a obtenu (sur 49 votants) que 10 votes au premier tour, puis 7 au second, avant de s’effondrer avec cinq voix au troisième. De quoi réfléchir sur le leadership du « meilleur leader politique d’Afrique » et la confiance qu’on lui accorde au sein de son propre regroupement régional.

Madagascar aurait pu gagner avec Rajaonarimampianina

On se souvient que Hery Rajaonarimampianina avait exprimé la volonté de se présenter à cette élection, mais qu’il n’avait pu obtenir le nécessaire soutien de son propre pays pour déposer sa candidature. Il avait pourtant déjà acquis de nombreux soutiens africains, et faisait figure de favori. Malheureusement pour lui, la mentalité peu patriote du citoyen français à la tête de son pays ne lui a pas donné l’opportunité de confirmer ce potentiel en victoire réelle. À la place, Andry Rajoelina a préféré proposer une candidature vouée dès le départ à l’échec. Quand les autres se préparaient depuis des années, Madagascar a espéré qu’une candidature improvisée soutenue par une campagne de lobbying de dernière minute avait des chances.

Cela dit, l’échec de la candidature malgache n’est pas vraiment celui de Richard Randriamandranto ou même de la ministre des Affaires étrangères Rafaravavitafika Rasata. C’est avant tout l’échec du manque de vision et de capacité stratégique des deux Rajoelina, dont la vision patriotique végète à l’ombre de leur fameux huit centimètres. Le premier est marqué à vie par son statut d’ancien putschiste, ce qui le rend méprisable aux yeux des chefs d’État africains qui ont gagné leur titre dans les urnes. Quant au second, sa volonté de faire payer à Hery Rajaonarimampianina son refus de le nommer ministre des Affaires étrangères, comme il le quémandait durant son mandat, a aveuglé son raisonnement en tant que conseiller diplomatique du premier. Aux yeux de beaucoup de leaders africains, ils ont donc une crédibilité limitée.

D’ailleurs, dans quel esprit peu éclairé est né le fantasme d’une possible victoire de Richard Randriamandranto, alors que depuis des années Madagascar n’a pas d’ambassadeur à Addis-Abeba ? Notre pays n’avait donc pas accès aux travaux de couloirs et à une compréhension des rapports de force, conditions sine qua non pour une diplomatie efficace et des alliances à l’échelle africaine. Ce ne sont pas les agitations diplomatiques de dernière minute qui allaient changer les choses : après avoir fait l’intéressant avec la fourniture d’un breuvage prétendument miraculeux pendant la période du Covid, Madagascar a improvisé durant les dernières semaines l’annonce de l’envoi d’un contingent de médecins malgaches en RDC, et envoyé une délégation faire une tournée de lobbying dans une dizaine de pays, en utilisant quelquefois des réseaux pseudo-secrets.

Dieu merci, l’influence de ceux que François Mitterrand appelait « les frères la gratouille » n’est plus ce qu’elle était en Afrique. Aller faire des salamalec chez Denis Sassou-Ngesso, haut dignitaire de la franc-maçonnerie ouest-africaine, n’a pas servi à grand-chose, si ce n’est à gaspiller l’argent public. Mais avec le régime actuel dont cela semble faire partie de l’ADN, ce n’est pas une nouveauté.

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