Une fois de plus nous empruntons ce titre à l’excellent article de notre confrère en ligne « Actutana » publié le 14 février 2025, qui commence par » Gné ? Ah si si, le vilany (marmite) endémique a commencé à chauffer de nouveau, lentement mais sûrement« .
Certes, la vie est chère et la population est en mode survie avec ces délestages qui ont réussi à venir à bout du gagne-pain de milliers de « petits » travailleurs informels. Oui, la pression exercée sur les importateurs karana a permis d’éteindre le feu en mettant sur le marché quelques tonnes de riz stock pakistanais à 750 ariary/kapoaka. Comble du ridicule, on est même allé jusqu’à vendre ce riz stock aux riziculteurs du lac Alaotra, le grenier à riz de Madagascar ! Bientôt probablement sur les étals de Marovoay, le 2ème grenier à riz ?
Sans oublier la distribution de ces dangereuses semences hybrides chinoises censées assurer notre souveraineté alimentaire, et qu’il faudra importer tous les ans. D’une dépendance à une autre, quelle souveraineté à la Rajoelina Rainilainga !
Sont venus se superposer la colère contre les nombreux remplacements de chefs fokontany et les tripatouillages électoraux aux présidentielles, aux législatives et finalement aux élections communales, élections de proximité par excellence. Trop c’est trop, et le couvercle de la marmite a fini par sauter.
Les tripatouillages électoraux
Ainsi par exemple à Antsiranana, les Diégolais réclament le maire Jean-Luc Djavojozara qu’ils ont élu, obligé de se cacher à cause de menaces de mort. Rajoelina Rainilainga n’a même pas attendu le délai légal de 6 mois de vacance du poste, pour nommer un PDS sans ses deux vice-présidents.
Ou à Vatomandry où la députée Sophie Ratsiraka, ex-ministre de Rajoelina Rainilainga, s’est dressée contre la mise en place du candidat qui n’avait obtenu que 25% contre celui ayant obtenu 75% des voix. Ou dans de nombreux autres « coins reculés » de Madagascar.
Arrestation d’un professeur à Antsiranana Sophie Ratsiraka à Vatomandry
Et ça, c’est nouveau pour ce régime qui ne sait pas comment y faire face et hésite sur la conduite à tenir. Contestation de la gouvernance centralisée de Rajoelina Rainilainga, un autre fait inédit !
Le fédéralisme comme soupape ?
S’élèvent des voix de plus en plus nombreuses réclamant le fédéralisme, principalement en provenance des « Côtiers » qui se sentent les oubliés de cette République.
Ils veulent maintenant participer aux décisions les concernant, et ne plus se contenter de subir le diktat inconséquent du pouvoir central. Et cette demande du fédéralisme n’est qu’une des expressions les plus manifestes de cette frustration.
S’agissant par exemple de la filière vanille, Mamy Ravatomanga alias PB (Président Bis, ou Pierre Bleue au choix) veut également mettre la main sur l’or vert, la Vanille comme il l’a fait pour le litchi : Création du CNV (Conseil National de la Vanille) en juillet 2020 et après un flop retentissant, création en mai 2023 d’une structure supplémentaire le CCM (Comité Vanille de Madagascar).
Cette « supra-organisation », comme la qualifiait notre confrère Africa Intelligence, était présidée par Romy Voos l’ex-directrice de cabinet de Rajoelina Mamimbahoaka (un de ses premiers surnoms, en référence au dictateur leader bien-aimé Kim Il Sung). Mais rien n’y fait et la filière vanille continue sa chute vertigineuse, entraînant celle des paysans de la SAVA et leurs manifestations de colère.
Et ce n’est pas la création en octobre 2024 de la « Maison de la Vanille de Madagascar » au sein de la Maison Jean Laborde (un des ancêtres de Romy Voos) qui apaisera cette frange de la population.
Antalaha Imerintsiatosika
D’autant plus que Mamy Ravatomanga alias PB veut absolument réduire à moins d’une trentaine le nombre d’exportateurs agréés pour mieux les « contrôler ». On verra bien !
En tout cas, la population veut prendre en main leur survie et les professionnels de la filière vanille contestent notamment le « vol » de 4 dollars/kg, prélevés indument par le pouvoir central sur les exportations. Des millions de dollars dont l’utilisation reste floue et dans l’opacité totale.
Contestation des projets présidentiels
« Projet présidentiel » n’est plus le sésame qui permettait jusqu’alors de contourner en toute illégalité les lenteurs administratives.
Tanamasoandro I et II
Le projet Tanamasoandro I n’avait pas survécu aux manifestations de la population et des riziculteurs d’Ambohitrimanjaka et avait fait place à Tanamasoandro II à Imerintsiatosika. Si la population locale était sonnée dans un premier temps par cette décision, elle vient de se réveiller de sa torpeur et s’oppose désormais à l’accaparement de leurs terrains sous prétexte de projet présidentiel.
Autoroute Tana/Toamasina
Fin janvier 2025, Fredy Ranohisoa, à la tête des habitants d’Ambohimanga, a demandé la révision du tracé de l’autoroute. Ils ne veulent pas qu’elle traverse la commune d’Ambohimanga dont le Rova, au-delà de sa dimension historique, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sans parler des milliers d’hectares de « rizières menacées par ce projet, et qui constituent pourtant la subsistance de nombreux foyers« , comme pour Tanamasoandro I.
Depuis le lancement en décembre 2022 des travaux de cette autoroute sans issue, les paysans auront perdu 3 récoltes, sans qu’aucune compensation ne leur ait été versée jusqu’ici.
Base Toliara
Le projet Base Toliara pensait pouvoir profiter de la détresse de la population provoquée par les séquelles des inondations qui ont accompagné le cyclone Elvis. Ce projet voulait distribuer du riz, du pois de cap et de l’huile.
En tout cas, les habitants d’Andaboy ont refusé ces « dons » et Georges Ratovo le président de l’association des pêcheurs a déclaré « Nous ne voulons pas de la Base Toliara ici, et encore moins de ses dons. Il n’est pas question d’acheter notre position avec du riz. Et si les forces de l’ordre tentaient d’arrêter un seul membre de notre association, Toliara connaîtra du tapage« . Une dame enfonçait le clou « VOLA FITADY, AINA TSY FANARY » (traduction libre : On peut toujours courir derrière les richesses, mais on n’a qu’une vie), pour souligner le danger pour la santé de la population, que provoquera l’exploitation du sable noir radioactif de Base Toliara.
De peur de ne plus profiter de l’AGOA, le dernier conseil des ministres vient de décider de mettre en avant notre richesse en « minerai critique », qui servirait de monnaie d’échange pour le maintien de l’AGOA. Faudra-t-il alors sacrifier pendant 50 ans la santé de la population vivant autour de la mine à Toliara, au profit des travailleurs des zones franches ?
Accaparement de terres du côté de Nosy Be
Les habitants d’Ampasindava/Nosy Be viennent également de manifester contre l’accaparement de leurs terres, celles de leurs ancêtres, par un opérateur étranger.
Le prince émirati Mohamed Alabbar osera-t-il défier la population de Nosy Mitsio, tout comme Green Land avec Razakandisa le beau-père de Rajoelina Mamimbahoaka contre la population de Sakatia ?
Manifestation Ampasindava 3 récoltes de riz perdues sans compensation
Toutes ces manifestations montrent le manque de concertation avec la population, et la volonté du pouvoir Rajoelina de leur imposer ses décisions de Rajoelina, ce que les populations concernées ne sont plus près d’accepter sans mot dire (ou maudire ? à votre choix).
Sans doute la principale raison pour laquelle la Banque Mondiale veut une révision du décret MECIE (Mise En Compatibilité des Investissements avec l’Environnement), une des conditionnalités du programme FEC/FRD.
Ce sujet fera l’objet d’un prochain article.
Tana, Antalaha, Antsiranana, Toliara, Vatomandry ! Cela commence à faire beaucoup.
Demain, à qui le tour ? Manifestations de tous les dangers sans précédent pour le régime, qui ne trouve plus ses marques ni une réponse adéquate.
Ra8 était tombé après l’affaire Daewoo. Ces accaparements de terres finiront-ils par sonner le glas du régime Mamimbahoaka ?
Comme l’avait dit un vieux sage du régime Ratsiraka « Wait and Ntsay« .