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Le Journal de l'île Rouge
Politique

L’autoroute de Rajoelina : le coup de grâce aux forêts primaires malgaches

La gazette de la grande île
22/03/20253 minute read
Si l’autoroute en elle-même ne rase directement que la végétation sur son tracé, son impact va bien au-delà des quelques kilomètres de bitume. En traversant des zones encore préservées, cette infrastructure va fragmenter des habitats naturels, perturbant la faune et la flore endémiques

Ce 21 mars, la Journée internationale de la Forêt est célébrée en grande pompe à la station forestière de Sisaony, à Ambatofotsy, dans le district Atsimondrano. Le thème de cette année, « la forêt, source de vie et d’alimentation », met en avant l’importance cruciale des forêts pour la biodiversité et la sécurité alimentaire à Madagascar. Pourtant, au même moment, un projet titanesque menace ce qu’il reste de la couverture forestière du pays : l’autoroute de Rajoelina.

Une forêt déjà en sursis
La situation est alarmante. En 2023, Madagascar ne comptait plus que 10 % de couverture forestière, soit environ 5,8 millions d’hectares. Chaque année, entre 50 000 et 100 000 hectares de forêts disparaissent sous l’effet de la déforestation massive. Parmi les causes principales figurent l’agriculture sur brûlis, l’exploitation forestière illégale et l’expansion urbaine. Or, l’un des projets phares du régime actuel risque d’accélérer ce processus de manière irréversible.

L’autoroute : une intrusion fatale dans les forêts primaires
Si l’autoroute en elle-même ne rase directement que la végétation sur son tracé, son impact va bien au-delà des quelques kilomètres de bitume. En traversant des zones encore préservées, cette infrastructure va fragmenter des habitats naturels, perturbant la faune et la flore endémiques. Nombre d’espèces animales, dont certaines ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde, verront leur territoire se réduire drastiquement. Le lémurien, symbole de Madagascar, est l’un des premiers concernés.
L’ouverture de routes en pleine forêt est un phénomène bien documenté : elle entraîne inévitablement l’installation d’activités humaines aux abords. Des habitations, des commerces, des exploitations agricoles et minières illégales vont émerger, accélérant encore la destruction des écosystèmes. En quelques années, les abords de l’autoroute deviendront des zones déforestées, ruinant les derniers bastions de la biodiversité malgache.

Un poison invisible : la pollution automobile
Outre la destruction physique des arbres, l’autoroute entraînera une pollution massive de l’air. Les gaz émis par les véhicules, notamment le dioxyde de carbone et les oxydes d’azote, sont nocifs pour les plantes et les sols. L’acidification progressive des terres affaiblira encore davantage les forêts restantes, rendant leur régénération presque impossible.
Ajoutons à cela le bruit constant des moteurs, qui perturbera les espèces animales et modifiera leur comportement. Nombre d’entre elles, incapables de s’adapter, disparaîtront purement et simplement.

Une modernité destructrice
Alors que Madagascar se positionne comme un acteur majeur de la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité, ce projet d’autoroute envoie un signal contradictoire. Il sacrifie l’un des derniers joyaux écologiques de la planète sur l’autel du développement économique à court terme.
Les alternatives existent pourtant : investir dans la réhabilitation des routes existantes, privilégier le transport ferroviaire, ou encore instaurer des corridors écologiques pour limiter l’impact sur la faune et la flore. Malheureusement, ces solutions ne sont pas la priorité du gouvernement actuel.
Le paradoxe est cruel : alors que la communauté internationale célèbre la forêt comme source de vie, Madagascar, lui, creuse la tombe de son propre patrimoine naturel. L’autoroute de Rajoelina ne sera pas seulement un axe de circulation : elle sera le symbole de la disparition programmée des dernières forêts primaires de l’île rouge.

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