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Le Journal de l'île Rouge
Politique

Commerçants des rues : instruments d’un jour, instruments pour toujours

La gazette de la grande île
02/04/20253 minute read
Mais leur persistance est aussi la preuve flagrante de l'échec d'un gouvernement dépendant de ces commerçants et des autres pions. Des gens qui servent d'instrument politique pour appuyer une illusion de soutien populaire, alors que ce ne sont que des instruments payés au plus bas prix.

Ils sont partout. Sur les trottoirs, aux coins des rues, près des marchés. Chaque jour, ils s’installent, se faufilent entre les mailles d’une réglementation souple ou délibérément floue. Les commerçants de rue, ces travailleurs de l’ombre qui alimentent la ville, font face à un jeu de cache-cache permanent avec la Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA). On leur interdit l’espace public, mais au final, ils reviennent toujours. Pourquoi ? Parce qu’ils ne sont pas simplement des vendeurs ambulants. Ils sont des instruments. Des outils politiques.

Un éternel retour à la rue

Les descentes de la police municipale, les confiscations de marchandises, les démolitions de stands : tout cela n’est qu’une illusion de contrôle. Car au bout du compte, ces commerçants finissent toujours par regagner les rues. Ce n’est pas une victoire de la résistance populaire, ni une preuve de leur force. C’est une stratégie parfaitement huilée. Un marché tacite entre ceux qui gouvernent et ceux qui survivent.

Les dirigeants ont trop besoin d’eux. Ils sont un vivier électoral à bon marché, des marionnettes qu’on agite à chaque échéance politique. Un peu de riz, quelques promesses vides, une cuvette en plastique, et les voix sont acquises. Pendant les campagnes, ces commerçants deviennent des relais, des supporteurs contraints, des figurants d’une mascarade orchestrée.

Mais leur persistance est aussi la preuve flagrante de l’échec d’un gouvernement dépendant de ces commerçants et des autres pions. Des gens qui servent d’instrument politique pour appuyer une illusion de soutien populaire, alors que ce ne sont que des instruments payés au plus bas prix.

Les marchands du chaos organisé

Le système ne veut pas les organiser, encore moins les intégrer dans une économie formelle. Il les préfère dans l’illégalité, vulnérables et dépendants. Ils sont perçus comme un désordre utile, un chaos stratégique qui nourrit l’illusion d’une ville impossible à discipliner. On leur donne juste assez pour survivre, mais jamais assez pour s’affranchir. On leur concède des espaces publics en échange d’une allégeance passive.

Lorsqu’il faut apaiser la colère du peuple, on leur construit quelques stades, on organise des concerts gratuits. La musique couvre la misère, le bruit remplace les revendications, et le tour est joué. C’est une routine bien rodée, un cycle qui se répète à chaque mandat, à chaque élection.

Des otages volontaires ?

Le drame, c’est que ces commerçants ne sont pas que des victimes. Ils sont également complices de leur propre condition. Par fatalisme, par besoin, par désillusion, ils acceptent les miettes qu’on leur jette et participent au jeu. Ils savent que les promesses sont creuses, que les aides sont temporaires, que leur situation ne changera jamais. Mais ils n’ont pas le luxe de résister. Tant que le quotidien est une lutte, l’urgence prime sur l’avenir.

Ils errent dans un système qui les exploite et les recycle selon les besoins du moment. Ce ne sont pas des insurgés, ce sont des instruments. Instrumentalisés hier, instrumentalisés aujourd’hui, et sans doute encore demain.

Le plus grand échec, ce n’est pas qu’ils soient encore dans la rue. C’est qu’ils n’aient jamais eu d’autre place.

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