Il aura fallu qu’une institution comme la Cour des comptes mette noir sur blanc ce que tout le monde murmurait déjà : l’argent public, à Madagascar, n’a pas simplement été mal géré, il a été traité comme un butin pour toute l’équipe de Rajoelina. Et pourtant, rien ne tremble. Les anciens barons se pavanent. Ils voyagent. Ils exhibent leurs nouveaux diplômes comme pour préparer leurs retours politiques. Ils parlent, conseillent parfois même et osent donner des leçons. Comme si de rien n’était, comme si le pays n’avait pas saigné. Pendant ce temps, le peuple compte. Non pas ses projets. Mais ses pièces. Il ne termine plus le mois. Il n’atteint même plus la moitié.
On nous parle de refondation. Un mot noble, puissant, presque sacré. Mais vidé de sa substance lorsqu’il devient un slogan sans conséquence. Car une refondation qui ne juge pas, une refondation qui ne nomme pas, une refondation qui ne tranche pas, n’est pas une refondation. C’est une mise en scène. Et dans cette salle de théâtre, le peuple est toujours assis au fond, condamné à applaudir sans comprendre, à espérer sans jamais voir. Le véritable scandale n’est pas seulement dans les chiffres révélés. Il est dans le silence qui les entoure. Où sont les responsabilités clairement établies ? Où sont les suspensions ? Où sont les procédures visibles ? Iavoloha donne l’impression d’avoir peur de son propre reflet. Comme si, en tirant un fil, toute la toile risquait de s’effondrer. Et les gardiens ? Ceux qui devaient surveiller, alerter, freiner ? Les circuits ont fonctionné. Les signatures ont été posées. Les fonds ont été débloqués. Rien ne disparaît par magie dans une administration. Tout passe par des mains. Des validations. Des silences. Ce n’est pas une erreur, c’est une mécanique. Même les partenaires extérieurs, Fonds Monétaire International, Banque Mondiale, regardent, évaluent, accompagnent mais jamais ne jugent. Ils stabilisent, ils corrigent à la marge. Ils ferment parfois les yeux au nom de l’équilibre. Car dans leur logique, un système imparfait mais stable vaut mieux qu’un système juste mais instable. Et au milieu de tout cela ? Le citoyen malgache. Celui qui paie sans comprendre. Qui subit sans recours. Qui espère sans preuve. On lui demande d’être patient. On lui demande d’être résilient. On lui demande d’être discipliné. Comme un élève en permanence rappelé à l’ordre. Un cancre, dit-on sans le dire. Mais un cancre utile. Un cancre qui ne pose pas de questions. Un cancre qui finance, malgré lui, les excès de ceux qui l’évaluent.
Un pays ne s’effondre pas uniquement à cause de ceux qui prennent. Mais aussi à cause de ceux qui laissent faire. Et de ceux qui savent… et qui attendent. Alors oui, la Refondation est attendue. Mais elle ne se décrète pas. Elle se prouve par des actes visibles, par des responsabilités assumées, par des lignes enfin franchies. Sinon, elle restera ce qu’elle semble devenir : un « maux » de plus dans un pays fatigué des … mots.







