La vraie refondation commence par des élections crédibles
Madagascar est à un moment décisif. La CENI a annoncé l’élection présidentielle en octobre 2027. Mais au-delà du scrutin lui-même, la vraie question qu’ on doit faire face est simple : cette élection renforcera-t-elle la confiance ou prolongera-t-elle la crise de confiance dans nos institutions qui ont contribue aux crises électorales permanentes
Trop souvent, les élections deviennent chez nous des périodes de tension, de suspicion, parfois même de division. Pourtant, une élection ne devrait jamais être une crise : elle devrait être un moment de stabilité démocratique.
Notre priorité est claire : garantir une élection crédible, transparente et acceptée par tous.
Premièrement : la transparence totale du processus électoral
Le fichier électoral doit être fiable. Les résultats doivent être publiés de manière claire et vérifiable. Et les institutions en charge des élections doivent agir avec une indépendance réelle, notamment à travers la Commission Électorale Nationale Indépendante.
Mais il faut aussi être lucide et honnête.
La confiance envers les institutions électorales ne dépend pas seulement de leur existence, mais de la solidité de tout le système qui les entoure : financement, transparence, neutralité perçue et capacité à résister aux pressions politiques.
Dans tous les systèmes démocratiques stables, la confiance repose sur cinq piliers essentiels :
- une indépendance réelle des institutions électorales ;
- une transparence complète des données et des résultats ;
- un contrôle citoyen et des observateurs crédibles ;
- une administration publique strictement neutre pendant les élections ;
- et surtout, l’acceptation du résultat final par tous les acteurs politiques.
C’est cette architecture globale que nous devons renforcer definitivement.
Deuxièmement : l’égalité des chances entre les candidats
Aucun acteur ne doit utiliser les moyens de l’État à des fins partisanes. Aucun citoyen ne doit être privé d’une information équilibrée. Une démocratie ne peut exister sans équité dans la compétition politique.
Il est essentiel de rompre avec une réalité bien connue : celle où certains acteurs politiques arrivent à la compétition électorale après avoir bénéficié, à un moment ou à un autre, de ressources publiques ou de positions d’autorité. C’est parmi les causes des crises politiques repetitives à Madagascar.
Une démocratie saine ne peut pas reposer sur des avantages accumulés grâce à l’État lui-même.
La compétition électorale doit être fondée sur une égalité réelle des chances, et non sur des positions acquises dans ou par l’appareil d’État.
Troisièmement : la paix et la responsabilité politique
Quel que soit le résultat, il doit être respecté dans un cadre institutionnel clair. Les acteurs politiques ont une responsabilité historique : celle d’éviter que les divergences électorales ne deviennent des crises nationales.
Une réalité à dépasser avec lucidité
Nous devons aussi regarder une réalité avec honnêteté et maturité.
Trop souvent, nos institutions se retrouvent engagées dans une dynamique permanente de recherche de financements extérieurs pour assurer des fonctions essentielles de l’État, y compris l’organisation des élections et la modernisation de nos systèmes publics.
La coopération internationale est utile, parfois indispensable. Aucun pays ne se développe isolément.
Mais la vraie question est celle de la souveraineté réelle : comment garantir la pleine autonomie d’un État lorsque certaines de ses fonctions fondamentales reposent de manière récurrente sur des appuis extérieurs ?
Cette situation n’est pas une faiblesse d’un acteur particulier. C’est un défi structurel de notre système.
Elle appelle une évolution progressive vers plus de responsabilité nationale, de prévisibilité budgétaire et de capacité institutionnelle.
Un État souverain ne se définit pas seulement par ses élections, mais par sa capacité à les organiser, les financer et les garantir par lui-même, dans la durée.
C’est cela, en profondeur, la refondation : non pas rompre avec le monde, mais renforcer notre capacité à agir par nous-mêmes, avec nos propres institutions.
Mais il est aussi temps de porter une vision plus large
Au-delà de cette échéance, notre pays devra ouvrir un chantier plus profond : celui de la transformation de nos institutions pour qu’elles servent réellement le développement, la justice et la dignité de chaque citoyen.
Car le vrai défi n’est pas seulement de savoir qui gagne une élection. Le vrai défi est de construire un système capable de transformer la volonté populaire en stabilité, en compétence publique et en confiance nationale.
La refondation devra progressivement ouvrir un débat national sur :
- le renforcement des contre-pouvoirs ;
- une véritable responsabilisation des régions ;
- la professionnalisation de l’administration publique ;
- la limitation de l’influence de l’argent dans la politique ;
- et l’évolution progressive vers des mécanismes institutionnels plus équilibrés.
Par exemple, Madagascar pourrait demain réfléchir à un système hybride où le peuple continue de voter, mais où certaines fonctions stratégiques seraient également encadrées par des mécanismes institutionnels garantissant davantage de compétence, d’intégrité et d’équilibre territorial dans la gouvernance nationale.
L’objectif n’est pas de réduire la souveraineté du peuple, mais de garantir que cette souveraineté produise enfin des institutions efficaces, crédibles et respectées.
Cette transformation devra être Entreprise, concertée et portée par un large consensus national.
Car Madagascar ne peut plus continuer à vivre chaque élection comme une crise permanente.
Madagascar n’a pas besoin de divisions supplémentaires. Madagascar a besoin de confiance.
Et cette confiance commence maintenant :
par des règles claires, des institutions solides et un engagement collectif envers l’intérêt national.





