Pendant des années, on nous a parlé de croissance. Mais dans la vie quotidienne des Malagasy, qu’est-ce qui a réellement changé ?
Les prix augmentent. Les jeunes cherchent du travail sans perspective. Les paysans travaillent dur sans pouvoir vivre dignement de leur terre. L’électricité manque. Les inégalités grandissent.
Madagascar mérite mieux que le simple « business as usual ». Notre pays n’a pas seulement besoin de croissance. Il a besoin d’une véritable refondation économique fondée sur la production, la création de valeur collective et la souveraineté nationale.
Le système économique appliqué à Madagascar est en panne. La crise climatique s’accélère. Les inégalités se creusent. La confiance du public s’effondre. Les richesses se concentrent entre de moins en moins de mains, pendant que le gouvernement tente de réparer les conséquences avec le même modèle économique.
Les dernières interventions publiques du ministre des Finances le montrent clairement : elles sont orientées vers un message de confiance aux investisseurs, une volonté d’afficher une relance économique rapide et une stratégie de « choc de confiance » économique et budgétaire.
Certes, le pays peut afficher de la croissance. Mais l’expérience passée a montré que ce modèle détruit progressivement le bien commun en aggravant les inégalités, la dépendance extérieure, la destruction écologique et la pauvreté de la majorité des Malagasy.
À Madagascar, la prédation liée au pouvoir et à l’argent public s’est progressivement institutionnalisée. Le système actuel :
- Spécule ;
- Privatise les profits ;
- Socialise les pertes ;
- Extrait des rentes, plutôt que de produire réellement de la richesse collective.
Le discours de croissance du ministre des Finances reste largement dans une logique de « business as usual » : rechercher davantage de croissance sans remettre profondément en question la structure même de l’économie, la création de valeur et le rôle stratégique de l’État.
Or, dans le cadre de la refondation actuelle de la République de Madagascar, la vraie question n’est pas seulement de savoir combien l’économie croît, mais comment la valeur est créée, par qui, et au service de quel bien commun.
Sans transformation productive, énergétique, industrielle et institutionnelle profonde, la croissance risque surtout de bénéficier à quelques secteurs et acteurs déjà dominants, sans changement structurel pour la majorité de la population.
Le véritable enjeu pour la refondation de Madagascar est donc de définir collectivement la direction de l’économie. Le « business as usual » doit désormais être dépassé.
Il est temps que les détenteurs du pouvoir de transition reconnaissent, dans le contexte mondial actuel, les véritables défis auxquels Madagascar doivent faire face :
- Sortir d’un État uniquement administratif ;
- Reconstruire des capacités stratégiques ;
- Créer une véritable politique industrielle fondée sur les réalités malgaches ;
- Utiliser les marchés publics pour développer les entreprises locales ;
- Transformer les ressources naturelles en création de valeur nationale ;
- Articuler secteur privé et intérêt collectif ;
- Éviter une économie de rente et de dépendance extérieure.
Certes, le développement de Madagascar a besoin de financements, mais il appelle surtout une véritable refondation : un changement profond de modèle économique fondé sur la création de valeur collective, dans une logique de missions publiques et non de simple « business as usual ».
La mise en œuvre d’un Programme National d’Industrialisation de la Filière Riz constitue donc une réponse structurante à ces défis. Il ne s’agit pas uniquement d’un projet sectoriel agricole, mais d’un véritable levier de transformation du modèle économique. En articulant investissement public, initiative privée et organisation des producteurs, ce programme permettrait de passer d’une logique de subsistance à une logique de production, de transformation et de création de valeur locale. Il incarne ainsi une approche de développement fondée sur des « missions » publiques, capables de structurer l’ensemble de l’économie autour d’un objectif stratégique : la souveraineté alimentaire et la montée en puissance productive de Madagascar.
Le temps n’est plus aux discours ou aux objectifs irréalistes déconnectés du vécu quotidien des Malagasy. Madagascar a besoin de pragmatisme, de production réelle et d’un État capable de construire une économie au service de la majorité.
Le vrai défi n’est pas seulement de faire croître les chiffres, mais de reconstruire un pays capable de nourrir son peuple, de créer des emplois, de produire localement et de redonner espoir à sa jeunesse.
Croissance ou refondation : le choix économique de Madagascar est désormais devant nous.





