Andry Rajoelina est parti. En fuite, il laisse derrière lui un champ de ruines qui ne se limitent pas à l’économie : il a laissé une nation dont le logiciel civique a été méthodiquement piraté. Aujourd’hui, alors que les nouveaux dirigeants tentent de reconstruire un État de droit, ils se heurtent à un monstre que Rajoelina a créé : une population gangrénée par l’habitude du désordre.
Le poison de l’impunité
Pendant des années, le message au sommet de l’État était clair : la loi est malléable pour ceux qui ont la rue avec eux. En érigeant le coup d’État et la contestation permanente en mode de gouvernance, Rajoelina a inoculé un poison lent dans l’esprit des citoyens.
Aujourd’hui, de Fasan’ny Karana à Andravoahangy, la moindre tentative de rétablir l’ordre est perçue comme une agression. Pourquoi ? Parce que sous le règne précédent, l’illégalité était devenue le confort quotidien. On ne parle plus de survie économique, mais d’une addiction à l’anarchie.
Les nouveaux dirigeants face au « Monstre »
Ceux qui tiennent les rênes aujourd’hui font face à une mission herculéenne. Ils essaient d’instaurer la discipline, de déplacer les commerçants vers des marchés dignes, d’organiser les transports à la Gare Fisandratana, de libérer les trottoirs d’Analakely. Mais ils se heurtent à un mur de pneus brûlés.
« Le drame actuel n’est pas une crise politique, c’est une crise de sevrage. La population est en état de manque d’autorité, habituée à ce que le « bordel’ soit la règle du jeu. »
Chaque barrage de rue à la Petite Vitesse n’est pas une revendication sociale, c’est le réflexe pavlovien hérité de 2009. Le citoyen malgache a été éduqué à croire que l’ordre est une dictature et que l’anarchie est une liberté.
Un pays à « rééduquer »
Le constat est brutal : Rajoelina n’a pas seulement ruiné les caisses de l’État, il a brisé le contrat social. Les dirigeants actuels ne luttent pas contre des opposants politiques, ils luttent contre une mauvaise habitude nationale.
- Le commerçant refuse le marché parce qu’il a appris que la rue lui appartient.
- Le transporteur refuse la gare parce qu’il a appris que la loi se négocie sous pression.
- Le manifestant descend sur la chaussée parce qu’on lui a enseigné que c’est là que se prend le pouvoir, et non dans les urnes ou les tribunaux.
Sortir de l’ère du laisser-aller
La fuite de Rajoelina ne suffira pas à sauver Madagascar si la population ne fait pas son propre examen de conscience. Les nouveaux dirigeants auront besoin de plus que de courage politique ; ils devront faire preuve d’une fermeté historique pour briser ce cycle de rébellion gratuite.
L’ordre n’est pas une option, c’est la condition de la survie. Mais dans un pays où l’impunité a été érigée en système de survie pendant quinze ans, le retour à la normale ressemble, pour beaucoup, à une révolution. La bataille pour Madagascar ne se joue plus dans les palais, mais dans chaque rue de la capitale, contre ce fantôme de l’anarchie qui refuse de mourir.






