Alors que Madagascar traverse une période de transition politique complexe avec le régime dit de la « refondation », une ombre technologique plane toujours sur la liberté des citoyens. Selon plusieurs sources concordantes au sein des forces de l’ordre, le redoutable logiciel espion Predator n’a pas été démantelé. Pire, il serait toujours actif, manipulé en coulisses par des éléments fidèles à l’ancien appareil sécuritaire d’Andry Rajoelina, et aujourd’hui pointés du côté des réseaux du général Richard Ravalomanana.
L’opinion publique malgache pensait l’épisode clos, mais la réalité du terrain cybernétique semble tout autre.
Rappel des faits : Comment Predator est entré à Madagascar
L’histoire commence en mai 2021, dans le plus grand secret. Comme l’a révélé l’enquête internationale des « Predator Files » (menée par le consortium de médias EIC, incluant Mediapart et Der Spiegel), une délégation de la société française Nexa Technologies débarque à Antananarivo. Dans leurs valises diplomatiques, un séisme technologique ultra-intrusif conçu par la société Cytrox : le logiciel Predator.
Acheté hors de tout cadre légal par l’administration Rajoelina pour plusieurs millions d’euros, ce logiciel permet de prendre le contrôle total d’un smartphone (accès aux micros, caméras, photos, et surtout aux messageries cryptées comme WhatsApp ou Signal). En octobre 2023, poussé dans ses retranchements lors d’une interview accordée à France 24 et RFI, Andry Rajoelina avait lui-même fini par admettre à demi-mot l’acquisition de ce matériel, prétextant la « sécurité nationale » et la lutte contre la déstabilisation.
L’ombre de l’affaire Lola Rasoamaharo
Pour prouver l’efficacité de l’outil lors des démonstrations de vente à Madagascar, les ingénieurs avaient ciblé un dossier test concret : celui du journaliste d’investigation et directeur du quotidien La Gazette de la Grande Île, Roland « Lola » Rasoamaharo.
Les documents d’enquête confidentiels ont démontré que ses données GPS, ses messages privés et ses numéros d’identification de téléphone (IMSI) avaient été entièrement aspirés. Cette surveillance ciblée et constante a grandement facilité les manœuvres du régime Rajoelina pour neutraliser ce contre-pouvoir gênant, conduisant finalement à l’arrestation et à l’incarcération de Lola Rasoamaharo. Ce dernier a d’ailleurs déposé une plainte pénale en France suite à ces révélations.
Une arme invisible entre les mains de l’ancienne garde
Aujourd’hui, le régime a changé de visage, mais les outils de répression numérique sont restés. D’après les confidences de plusieurs agents des forces de l’ordre sous couvert d’anonymat, le logiciel n’a jamais été restitué ni désactivé.
Ce sont les éléments liés au général Richard Ravalomanana qui détiendraient et opéreraient toujours cette infrastructure de cyber espionnage. À l’insu des nouvelles autorités de la refondation, ces réseaux parallèles continueraient de s’immiscer dans les discussions privées.
Le mode opératoire identifié par les chercheurs en sécurité (notamment la firme française Sekoia) reste le même : des techniques de watering hole (attaques par point d’eau) consistant à injecter des liens piégés imitant de vrais sites d’information locaux comme Midi Madagasikara ou L’Express de Madagascar. Un simple clic suffit à infecter le téléphone de la cible.
Le constat est alarmant : La refondation ignore-t-elle l’existence de ce cabinet noir numérique, ou tolère-t-elle l’usage de cette arme invisible ? Une chose est sûre, à Madagascar, la vie privée des citoyens reste sous surveillance maximale.






