Le Contrôleur Général de Police Tsaramonina Jean Victor, Directeur Général de la Police Nationale, a été sans équivoque : un délai de grâce est accordé aux usagers avant une application stricte du Code de la route. L’initiative, attendue par une population excédée par l’anarchie ambiante, a le mérite de la clarté. Cependant, derrière cette fermeté affichée, une question brûlante demeure : comment exiger le respect de la loi quand les institutions censées la garantir sont elles-mêmes les premières à la piétiner ?
L’illusion de la mise en règle
Il est facile de pointer du doigt l’usager, le motocycliste sans casque ou le conducteur mal stationné. Mais la sécurité routière n’est pas qu’une affaire de comportement individuel, c’est une chaîne de responsabilité. Et aujourd’hui, cette chaîne est brisée par un cancer bien identifié : la corruption endémique.
À quoi bon exiger des véhicules en règle si la Direction Générale de la Sécurité Routière (DGSR) transforme les visites techniques en une simple transaction financière ? Comment justifier des contrôles routiers quand, dans de trop nombreux cas, l’infraction s’efface d’un simple glissement de billet ?
La réalité dépasse la fiction : le « frein à main » de pierre
L’image est éloquente, presque surréaliste : un bus, officiellement déclaré « apte » par les services de la DGSR, circulant avec une pierre en guise de frein à main. Que le receveur doive descendre du véhicule en plein embouteillage pour caler les roues est une insulte au bon sens et une mise en danger délibérée des vies humaines.
Cette photo n’est pas un cas isolé, c’est le symbole d’un système où le tampon officiel ne garantit plus la sécurité, mais couvre la défaillance. Si le véhicule est apte, alors la visite technique est une farce. Si la police le laisse circuler, alors le contrôle routier est une parodie.
Une exigence de cohérence
Monsieur le Directeur Général, nous saluons votre fermeté. Mais pour que cette campagne soit crédible, elle doit être bifocale. On ne peut pas demander aux citoyens de se mettre en règle tout en fermant les yeux sur les agents qui monnayent leur impunité.
La répression des usagers sans une purge radicale au sein des centres de visite technique et une discipline de fer dans les rangs de la police est une illusion d’optique.
La sécurité routière commence par la moralisation des autorités. Tant que la corruption sera le moteur de la circulation, nos routes resteront des pièges, et les annonces de « durcissement » ne seront que du vent.
Il est temps de passer de l’affichage à l’exemplarité.






