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Le Journal de l'île Rouge
Politique

SADC : Ianareo koa dia misahirana !

La gazette de la grande île
30/06/20263 minute read
Ce que pense la SADC de notre calendrier, de nos institutions ou de notre rythme de travail, on n'en a absolument rien à foutre.

L’actualité politique nous offre parfois de grands moments de comédie bureaucratique, et le dernier acte en date ne manque pas de sel. La Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) vient d’ouvrir en grande pompe un « bureau de liaison » permanent à Antananarivo, tout en nous sommant, avec la gravité d’un instituteur colonial, de respecter scrupuleusement le calendrier des réformes de l’État. Devant tant de sollicitude non sollicitée et d’énergie gaspillée pour rien, une formule bien de chez nous s’impose naturellement, mêlant ironie, lassitude et détachement : « Ianareo koa dia misahirana ! ».

Pour ceux qui ne saisiraient pas toute la subtilité de cette expression malgache, on l’emploie avec un sourire en coin pour épingler ces fâcheux professionnels qui déploient des efforts monumentaux à se mêler de ce qui ne les regarde absolument pas. Traduisible littéralement par « vous vous compliquez bien la vie pour rien », elle résume à elle seule le sentiment général face à cette énième ingérence administrative. Imaginez un instant ces diplomates en costume trois pièces, sans doute épuisés par les crises qui secouent leur propre arrière-cour, qui prennent le temps de faire leurs cartons, de louer des locaux climatisés dans la capitale, et d’installer des lignes téléphoniques, tout cela pour venir surveiller nos Bulletins Officiels et compter les jours sur notre calendrier national. Quel dévouement, pour un résultat si dérisoire.

La vérité, brute, franche et dépouillée de tout fard diplomatique, c’est que ce que pense la SADC de notre calendrier, de nos institutions ou de notre rythme de travail, on n’en a absolument rien à foutre.

Ouvrir un bureau permanent pour s’assurer que Madagascar avance dans la direction voulue par Gaborone ou Pretoria, c’est le summum de la bureaucratie stérile. Autant installer un observatoire de la pluie à Mahamasina en pleine saison des lavasses. On se demande bien ce que ces émissaires vont faire de leurs journées, à part savourer notre café local, contempler les embouteillages d’Ankorondrano depuis leurs fenêtres, et rédiger des rapports poussiéreux que personne ne lira. Les décisions majeures, les réformes et le timing de notre évolution nationale se feront, ou ne se feront pas, au rythme des réalités malgaches, des débats internes et des aspirations de notre peuple. Certainement pas sous la dictée d’une énième feuille de route continentale paraphée au bout d’un buffet dînatoire.

La Grande Île n’est pas une province sous tutelle régionale. Si nos voisins estiment qu’ils ont du temps à perdre et des budgets à injecter dans la logistique de bureaux de liaison inutiles, grand bien leur fasse. Mais qu’ils ne s’attendent pas à ce que l’on feigne de trembler devant leurs communiqués officiels. Alors, à nos chers experts et émissaires régionaux déjà prêts à cocher leurs grilles d’évaluation : détendez-vous, relâchez la pression, et surtout, ne vous fatiguez pas autant. On connaît la route, on gère le timing, et vos rappels à l’ordre glissent sur nous comme la pluie sur les feuilles de songos. Restez tranquilles, rentrez chez vous, ianareo koa dia misahirana.

La Rédaction

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