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Le Journal de l'île Rouge
Politique

PRODUIR 1 expire, PRODUIR 2 prend le relais : L’engrenage de la dette à 365 millions de dollars

La gazette de la grande île
13/07/20264 minute read
Les fameux enrochements censés stabiliser les digues et protéger la plaine contre les crues cycloniques ont été privatisés par la force des choses. Ils servent aujourd'hui de buanderie géante aux lavandières de la capitale, qui y exercent au mépris des règles sanitaires et environnementales théoriques.

À peine le premier volet expiré, la Banque mondiale remet le couvert. Malgré un bilan de terrain catastrophique à Antananarivo, une seconde phase de 225 millions de dollars vient d’être actée, étendant le mirage du développement jusqu’au Grand Toamasina. Derrière la sémantique huilée des communiqués officiels se cache la réalité d’un pays pris au piège du surendettement permanent.

Par la rédaction du JIR

C’est un tour de passe-passe financier dont les institutions de Bretton Woods ont le secret. Le 30 juin dernier, le Projet de Développement Urbain Intégré et de Résilience (PRODUIR 1) fermait officiellement ses portes après sept ans d’exercice. Le lendemain, sans transition ni audit indépendant, le Groupe de la Banque mondiale annonçait le déblocage d’une nouvelle enveloppe pharaonique : 225 millions de dollars pour « PRODUIR 2 ».

En étendant ses tentacules vers le Grand Toamasina, le programme change d’échelle, mais pas de logique. Au total, ce sont désormais 365 millions de dollars de crédit que les contribuables malgaches traîneront comme un boulet financier. Pour quel résultat ?

La fiction des rapports officiels

Pour justifier cette fuite en avant, l’état-major du projet brandit des bilans comptables à l’autosatisfaction insolente. Sur le papier, PRODUIR 1 est une réussite totale, notée « satisfaisante » par ses propres évaluateurs.

D’un budget initial de 75 millions de dollars, dopé par une rallonge de 50 millions en 2020, le projet affiche environ 140 millions de dollars investis à sa clôture. Les technocrates alignent les kilomètres comme des trophées : 12 km du canal C3 curés, 115 000 m³ de boue excavés, 8,2 km de berges réhabilitées sur l’Ikopa et la Sisaony, et 587 micro-infrastructures sorties de terre. Selon la propagande officielle, 650 000 riverains dormiraient désormais les pieds au sec. Une belle histoire, calibrée pour les salons feutrés des ministères.

La vérité du terrain : Le naufrage des investissements

Pourtant, il suffit de quitter les ateliers de capitalisation d’Anosy et de marcher le long de l’Ikopa, entre Anosizato et Ampasika, pour que le vernis ne craque. Sur place, le constat est cinglant : rien n’a changé.

Les fameux enrochements censés stabiliser les digues et protéger la plaine contre les crues cycloniques ont été privatisés par la force des choses. Ils servent aujourd’hui de buanderie géante aux lavandières de la capitale, qui y exercent au mépris des règles sanitaires et environnementales théoriques. Plus loin, le lit du fleuve continue d’être pillé, transformé en une carrière d’argile et de sable à ciel ouvert, exploitée de manière totalement anarchique. Le projet a injecté des millions, mais a échoué sur l’essentiel : la gouvernance, le suivi et la pérennisation. Les infrastructures promises à la résilience se diluent déjà dans la boue.

Le business de la pauvreté : SUV de luxe et dépendance éternelle

Dès lors, une question s’impose : où est passé l’argent ? Si l’impact sur le quotidien des populations des bas-quartiers reste invisible, il est en revanche très ostentatoire dans le parc automobile des hauts fonctionnaires du projet. Une part substantielle des 140 millions de dollars de la première phase a été engloutie dans le train de vie de l’unité de gestion. L’achat de SUV de luxe de dernière génération, sans aucun lien avec les exigences de terrain, s’est imposé comme la priorité des gestionnaires. Des véhicules neufs qui, à la clôture du projet, ne seront jamais restitués à l’État, actant un enrichissement personnel sur le dos de la résilience urbaine.

C’est ici que le piège se referme. En enchaînant immédiatement avec PRODUIR 2 et ses 225 millions de dollars sous prétexte de « créer des emplois » et de « renforcer la résilience », la Banque mondiale s’assure d’une chose : maintenir Madagascar sous une perfusion financière perpétuelle. Ce mécanisme bien rodé permet aux bailleurs de fonds de garantir des flux de remboursement d’intérêts sur le très long terme, tout en offrant aux élites locales une source intarissable de privilèges.

Pendant que les nouveaux véhicules de fonction arpenteront les rues d’Antananarivo et de Toamasina, les habitants des zones vulnérables, eux, continueront de surveiller le ciel à chaque saison des pluies. Avec une seule certitude : celle d’être un peu plus pauvres, et beaucoup plus endettés.

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