S’il y a un obstacle majeur qui paralyse la refondation de Madagascar aujourd’hui, c’est bien la communication. Alors que l’équipe gouvernementale s’efforce de mener des réformes, ses actions restent désespérément invisibles, étouffées par la sur-communication agressive de l’opposition de l’ancien régime. Face à cette machine de déstabilisation bien huilée, le ministère de la Communication actuel semble totalement dépassé, devenant le véritable talon d’Achille de cette gouvernance.
Pour sauver la refondation, une mesure de bon sens s’impose : il faut détacher la Communication de la Culture, et confier la première à de véritables experts.
Deux mondes, deux urgences : Le grand amalgame
Il suffit de faire un tour sur la page officielle du ministère de la Communication et de la Culture pour comprendre où se situe le problème. Entre deux crises politiques, la page propose un défilé incessant de remises de médailles, d’expositions artistiques, de cérémonies officielles et de promotions du patrimoine.
Certes, la culture est le pilier identitaire d’une nation. Mais mélanger ce domaine, qui demande un temps long et une sensibilité patrimoniale, avec la gestion de crise et la stratégie d’information d’un État est une erreur stratégique monumentale.
L’opposition excelle dans la communication événementielle, un talent hérité de plusieurs années d’organisation de fêtes et de mascarades politiques. Face à cette omniprésence sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, le ministère actuel réagit au coup par coup par des démentis hebdomadaires stériles. Ce n’est plus de la communication publique, c’est de la gestion de l’immédiat par un ministère qui confond sa mission avec celle d’un comité des fêtes.
Communiquer n’est pas (seulement) faire du journalisme ou du « Kabary »
Dans l’esprit des décideurs, la communication est trop souvent réduite au journalisme, à l’animation télévisée ou à l’art oratoire traditionnel (Kabary). C’est une méprise profonde. La communication politique et publique est une science.
Pendant que le ministre actuel multiplie les publications sur sa présence à des événements mondains ou à la fête nationale française, le pays attend une stratégie. L’Université d’Antananarivo regorge pourtant de compétences. Son département spécialisé en Communication, dirigé par des professeurs et des docteurs de haut niveau, collabore déjà avec les plus grandes institutions internationales (PNUD, UNICEF, UNESCO). Ce sont ces experts qu’il faut mobiliser. Eux seuls sont capables de concevoir un plan de communication scientifique, capable de désamorcer les fake news et de restaurer le lien de confiance, aujourd’hui rompu, entre les dirigeants et le peuple.
La communication n’est pas un art d’improvisation ou un simple don d’éloquence, c’est une science rigoureuse. Loin de se résumer à la simple diffusion d’un message, elle étudie la structure des flux d’information, les dynamiques de la psychologie sociale, les mécanismes de réception cognitive et la théorie des systèmes. Faire des études universitaires en communication est fondamental car cela ne s’apprend pas sur le tas : cela nécessite de maîtriser l’ingénierie de l’opinion, la sémiotique (l’étude des signes et des symboles), l’analyse de données d’audience et la gestion des crises informationnelles. Un diplômé en communication est formé pour anticiper les barrières psychologiques d’un public, décoder les rumeurs avec des grilles d’analyse scientifiques et concevoir des stratégies d’influence mesurables. Sans ce socle académique et technique, on ne communique pas : on fait du bruit, en espérant naïvement que la population comprenne.
Le communicant : Traducteur de la gouvernance
Une bonne communication de l’État doit servir de pont. Actuellement, la population est littéralement noyée sous des flux d’informations indigestes :
- Des statistiques contradictoires qui varient au jour le jour.
- Des jargons techniques et obscurs du ministère des Mines.
- Des montants astronomiques et des pourcentages abstraits du ministère des Finances.
- Des subtilités juridiques incompréhensibles du ministère de la Justice.
Le rôle d’un vrai ministère de la Communication est de jouer les traducteurs. Il doit vulgariser, simplifier et rendre assimilables ces données pour le citoyen lambda. Face aux affaires chaudes qui secouent le pays, les Malgaches n’attendent pas des photos de circoncisions collectives ou des mondanités ministérielles : ils réclament des explications claires, simples, précises et rassurantes.
La sentence est claire : que l’on laisse la Culture à ceux qui aiment les cérémonies, et que l’on confie enfin la Communication de l’État à des professionnels de la stratégie. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que les efforts de reconstruction du pays sortiront de l’ombre.






